
L’opération « A 2 marches de toi » rapproche étudiants et commerce indépendant des Pentes de la Croix-Rousse
Dans les Pentes de la Croix-Rousse, commerçants et étudiantes collaborent pour tester une nouvelle approche du commerce indépendant.
Pendant une semaine, plusieurs rues des Pentes de la Croix-Rousse, à Lyon, ont servi de terrain d’expérimentation à des étudiantes en design d’espace.
L’opération « A 2 marches de toi » a mobilisé sept commerçants indépendants fédérés par l’association La Vitrine des Pentes et des étudiantes de deuxième année de l’ESAIL.
Pendant plusieurs jours, vitrines et boutiques ont été transformées en supports de scénographie autour d’un thème commun : l’amour. Le projet, installé dans différentes rues du quartier — de la rue d’Algérie à la montée de la Grande Côte — a culminé le 12 février avec un concours récompensant la vitrine la plus marquante.
Une expérience immersive…
Sur le terrain, la conception d’une vitrine demande aussi de s’adapter à un lieu déjà existant. Les étudiantes ont travaillé avec des paramètres concrets : dimensions de vitrines, éclairage en place, délais d’installation, visibilité depuis la rue et échanges avec les commerçants pour ajuster les propositions.
Des ajustements ont parfois été nécessaires lors de la conception et de l’installation : gestion des reflets, contraintes de sécurité des vitrines ou lisibilité des installations depuis la rue.
Cette confrontation directe au commerce constitue précisément l’un des objectifs du projet : sortir du cadre académique pour travailler dans un contexte professionnel, avec des arbitrages permanents entre intention créative et faisabilité.
Elsa Murard et son équipe remportent le premier prix pour leur vitrine montée de la Grande Côte
Le premier prix a été attribué au projet « L’amour fleurit sur les marches » installé dans la boutique Nazca, magasin de vêtements situé montée de la Grande Côte.
Le projet imaginé par le groupe d’Elsa Murard, Eileen TORRES et Léa Lamas, s’articulait autour d’une narration simple : représenter l’amour comme une progression visuelle, avec une montée symbolisée par des marches puis une scène montrant deux personnages amoureux sous une lampe suspendue.
Pourquoi les commerçants ont accepté… et ce qui reste en question
Dans la boutique Les Dégoteuses, la participation s’inscrit dans une continuité. La commerçante évoque une deuxième expérience après une première édition jugée intéressante mais limitée par l’emplacement et la qualité des vitrines disponibles.
Les plastiques anti-tag de la première installation rendaient la mise en scène moins lisible. Rue d’Algérie, le linéaire de vitrine plus large a permis davantage de liberté visuelle.
Mais la motivation principale reste simple : soutenir des profils créatifs locaux et leur offrir de la visibilité.
Reste la question centrale pour tout commerce indépendant : l’impact concret. Les retours évoquent davantage l’image, la curiosité générée et l’animation du quartier que des effets mesurables immédiats sur les ventes ou la fréquentation. À ce stade, difficile de dire si ce type d’opération agit directement sur l’activité commerciale.
Une logique pédagogique basée sur la réalisation concrète
Ce type d’initiative correspond à une approche pédagogique de plus en plus valorisée dans les formations créatives : apprendre en réalisant des projets en situation professionnelle, au contact direct du commerce et de ses contraintes.
Pour les étudiantes, l’intérêt ne se limite pas au rendu visuel. Il s’agit aussi de comprendre comment un projet s’adapte à un lieu existant, à un calendrier commercial et à un public qui découvre la création sans en connaître le contexte.

Entre expérimentation créative et réalité économique
Pour les commerçants, l’enjeu reste pragmatique : proposer quelque chose de différent visuellement, participer à la vie du quartier et soutenir de jeunes créatifs. Mais l’équilibre reste fragile : temps consacré, contraintes techniques et absence d’indicateurs économiques immédiats peuvent freiner certaines structures.
La question de la reconduction de l’opération dépendra probablement autant de la motivation collective que de son utilité concrète pour les commerces participants.

Dans les rues des Pentes, une vitrine allumée raconte plus qu’un produit
En fin de journée, dans les rues en pente du quartier, certaines vitrines restent éclairées alors que les boutiques ferment. Un passant ralentit, regarde quelques secondes une scène installée derrière la vitre, puis repart.
Pour les étudiantes, c’est souvent à ce moment précis que le projet prend sens : lorsqu’il quitte définitivement le cadre de l’école pour exister dans la ville, face à un regard extérieur, parfois curieux, parfois indifférent.
Dans ce quartier où création indépendante et commerce de proximité cohabitent depuis longtemps, ces vitrines racontent aussi une autre réalité : celle d’un dialogue encore en construction entre formation créative et économie locale.



















