Quand l’accessibilité devient un levier d’innovation culturelle
Architecture, médiation et numérique : au musée Lugdunum, une visite officielle éclaire les enjeux actuels de l’accessibilité culturelle.
Le 29 janvier dernier, le musée Lugdunum, à Lyon, a accueilli Isabelle Saurat, déléguée interministérielle à l’accessibilité. Une visite officielle placée sous le signe de l’inclusion, de l’innovation et du partage de bonnes pratiques, à l’heure où l’accessibilité s’impose comme un enjeu culturel et politique majeur.
Les équipes du musée et les agents métropolitains ont présenté à la délégation les dispositifs d’accessibilité physique et numérique déployés au sein de l’établissement.
Dans les premières minutes de la visite, le regard se porte naturellement sur le bâtiment. En grande partie enfoui dans la colline de Fourvière, le musée se découvre progressivement, au fil des rampes et des paliers. Construit il y a 51 ans, il conserve une écriture architecturale résolument contemporaine.
Un travail patient, souvent discret, qui interroge la manière de transmettre un patrimoine archéologique à des publics aux profils et aux niveaux de connaissance très différents.
Rendre l’archéologie accessible à des publics variés
L’archéologie pose des enjeux spécifiques en matière de médiation. Les objets, les récits et les temporalités peuvent sembler éloignés pour une partie du public. À Lugdunum, les équipes ont développé des dispositifs permettant de multiplier les points d’entrée dans les collections.
Maquettes, éléments à toucher, cartels lisibles et positionnés à hauteur adaptée, bornes accessibles : la présentation des œuvres repose sur une diversité de supports. Au fil de la visite, un constat se dessine : les dispositifs pensés pour répondre à des besoins spécifiques facilitent également la compréhension pour l’ensemble des visiteurs.
Parmi les outils présentés figurent notamment des guides en facile à lire et à comprendre (FALC). En les parcourant, il apparaît que leur clarté et leur structuration rendent l’information plus immédiatement lisible, quel que soit le niveau de familiarité avec le sujet.
Toucher, lire, observer autrement

À plusieurs reprises, la visite invite à un geste inhabituel : toucher. Maquettes et reproductions sont accessibles au contact, à condition de le savoir. « Sans indication claire, ce n’est pas évident de se dire que l’on peut toucher », observe Isabelle Saurat, rappelant combien le réflexe de ne pas toucher dans un musée est profondément ancré.
Ces dispositifs tactiles proposent pourtant une autre manière d’appréhender les œuvres, de compléter l’observation visuelle et de mieux comprendre les formes et les volumes. Une approche qui s’inscrit dans une réflexion plus large sur les usages et l’expérience de visite.
La lisibilité des cartels, leur positionnement, la hauteur des bornes, à l’intérieur comme à l’extérieur du musée, font également partie des éléments observés. Autant de détails qui, mis bout à bout, structurent le parcours.
L’accueil, un élément central de l’accessibilité – Si certains aménagements sont immédiatement visibles — à l’image de la rampe d’accès emblématique du musée —, l’accessibilité ne se limite pas aux infrastructures. La formation des personnels d’accueil et leur capacité à proposer un accompagnement adapté constituent un point central de la démarche.
Il s’agit de permettre à chaque visiteur de connaître les dispositifs existants et de visiter le musée dans les meilleures conditions possibles, en fonction de ses besoins. Une dimension humaine qui complète les choix architecturaux et scénographiques.

Une approche globale, du numérique au physique
La visite d’Isabelle Saurat s’inscrivait dans une journée de travail plus large avec la Métropole de Lyon. Le matin, une séance réunissant associations de personnes en situation de handicap, agents métropolitains et équipes du musée a permis d’examiner l’accessibilité du site internet et des applications numériques, notamment pour les personnes utilisant des lecteurs d’écran.
L’après-midi était consacrée à l’accessibilité physique du musée. Parmi les sujets abordés figuraient le label Tourisme et Handicap, les dispositifs d’accueil des personnes en situation de handicap et la programmation spécifique proposée à ces publics. Une manière d’aborder l’accessibilité comme un ensemble cohérent, du parcours en ligne à la visite sur site.

Faire circuler les pratiques au-delà du territoire – Le rôle de la déléguée interministérielle à l’accessibilité consiste notamment à identifier les pratiques existantes afin de les faire connaître et de favoriser leur déploiement dans d’autres territoires. À l’issue de cette visite, Isabelle Saurat a proposé de relayer les démarches observées au musée Lugdunum comme exemples pouvant nourrir les travaux d’autres métropoles et collectivités.
Cette logique s’inscrit dans le cadre de la boîte à outils de l’accessibilité, créée à la demande de la ministre en charge de l’autonomie et des personnes handicapées. Destinée aux élus, elle rassemble cadre réglementaire, guides pratiques et retours d’expérience.

Une visite qui interroge notre regard sur l’accessibilité– Déjà venue à Lyon par le passé, Isabelle Saurat a souligné le cadre de cette visite, dans un lieu patrimonial remarquable, sous un soleil hivernal. Une étape supplémentaire dans un travail de fond, fondé sur l’observation et l’échange.
Au fil du parcours, une idée s’impose en creux : loin d’être une contrainte technique ou réglementaire, l’accessibilité transforme la manière de raconter, de montrer et de partager la culture. À Lugdunum, elle ne réduit pas l’expérience de visite — elle l’élargit. Et pose, au-delà de ce musée, une question simple : et si rendre la culture accessible, c’était aussi lui donner plus de profondeur ?






















