Du SMS au RCS : comment High Connexion et les télécoms redéfinissent la générosité numérique
Messagerie enrichie, paiement intégré et conversion optimisée transforment le don ponctuel en expérience fluide et contextualisée.
Dans le métro, entre deux stations, un message s’affiche. Une photo, quelques lignes, un bouton. Deux secondes d’hésitation. Puis un clic. Le don est fait. Prélevé sur la facture mobile ou réglé par carte bancaire, sans formulaire, sans saisie d’IBAN.
Un geste minuscule. Presque invisible.
Et pourtant, derrière ce clic, tout un modèle financier se reconfigure.
Cette scène illustre une mutation encore discrète mais structurante : celle du don caritatif grand public — quelques euros, parfois quelques dizaines — désormais façonné par le smartphone.
Il s’agit principalement de dons ponctuels, réalisés lors de campagnes nationales, d’appels à la solidarité ou d’urgences humanitaires.
Un segment stratégique pour les associations : celui du don spontané, historiquement difficile à capter mais essentiel pour équilibrer les ressources annuelles.
Depuis plus de quinze ans, HIGH CONNEXION s’inscrit au cœur de cette transformation. Créée en 2008, l’entreprise française s’est spécialisée dans les solutions de collecte de dons via mobile, d’abord par SMS, puis via messageries enrichies.
Elle accompagne aujourd’hui 370 clients et a réalisé 61 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, selon les données communiquées par l’entreprise.
Son président et fondateur, Guillaume Guttin, résume l’évolution des usages :
Pour les associations, la question n’est plus seulement technologique. Elle devient structurelle : comment capter l’attention dans un univers numérique saturé, réduire les coûts de collecte et renouveler la base de donateurs sans diluer le sens de l’engagement.
Entre promesse d’efficacité et nouvelles dépendances
La bascule récente s’accélère avec le déploiement du RCS (Rich Communication Services), technologie de messagerie enrichie développée notamment par Google.
Contrairement au SMS, ce canal permet d’intégrer vidéos, visuels interactifs et paiement direct.
Son déploiement s’appuie sur l’écosystème télécom français — notamment Orange et SFR — ainsi que sur France Générosités, le syndicat professionnel des associations et fondations.
Cette interopérabilité entre opérateurs et prestataires de paiement rend possible le prélèvement direct sur facture mobile.

Les premiers retours opérationnels commencent à documenter l’impact. En décembre 2025, environ 50 campagnes RCS caritatives ont été déployées, représentant plus d’un million de messages envoyés et exposant plusieurs centaines de milliers de donateurs à ce nouveau format, selon les données sectorielles communiquées par les acteurs du marché.
Dans ce modèle, le don moyen — historiquement autour de 10 euros via SMS — peut atteindre 20 euros via le RCS, soit le plafond autorisé par les opérateurs, selon les informations issues des campagnes pilotes.
Pour les associations, l’équation apparaît attractive : davantage de conversions, des montants moyens plus élevés et des coûts d’acquisition potentiellement réduits, avec une logistique simplifiée.
Mais cette promesse s’accompagne d’incertitudes. Saturation possible des sollicitations mobiles, réticence d’une partie du public à payer via facture télécom, dépendance accrue aux opérateurs et aux infrastructures technologiques : autant de risques encore peu documentés à grande échelle.
La question de la protection des données et de la cybersécurité constitue également un point de vigilance croissant.

Transformer l’émotion en action — sans banaliser le don
Au-delà des performances immédiates, ces formats transforment la relation émotionnelle au don. Les campagnes mobiles permettent de contextualiser la cause, d’expliquer l’usage des fonds, de créer un lien plus immédiat avec le donateur.
Au sein de Gustave Roussy, ces dispositifs sont déjà testés.
Margaux Grall observe :
Certaines campagnes nationales illustrent déjà cette hybridation entre événement médiatique et activation mobile, notamment lors des grandes opérations caritatives audiovisuelles associées aux campagnes Pièces Jaunes, où le don via facture mobile s’intègre désormais au dispositif global de collecte.
Une transformation mondiale… mais à des rythmes différents
À l’échelle internationale, les dynamiques restent très hétérogènes.
Plutôt que de parler de modèles dominants ou de retard technologique, les acteurs du secteur évoquent des trajectoires façonnées par trois facteurs principaux :
- rythmes d’adoption technologique différents
- environnements réglementaires distincts
- maturité variable des écosystèmes numériques et financiers
Dans certaines régions, les usages conversationnels et transactionnels mobiles sont déjà très intégrés dans la vie quotidienne. Dans d’autres, les cadres réglementaires, la fragmentation des acteurs ou les exigences de protection des données ralentissent l’adoption.
L’Europe, en particulier, évolue dans un environnement fortement structuré par la régulation des données personnelles et des paiements, ce qui peut ralentir certains déploiements tout en renforçant la confiance des utilisateurs à long terme.

Une nouvelle architecture du don encore en construction
Vieillissement des donateurs historiques. Hausse des coûts du papier. Concurrence accrue pour l’attention.
Face à ces pressions, le secteur adopte progressivement des logiques proches de celles du commerce digital. Le don tend ainsi à s’inscrire dans l’économie de l’attention, où la rapidité d’activation compte parfois autant que la profondeur de l’engagement.
Mais l’impact à long terme reste encore largement incertain. La capacité de ces dispositifs à transformer des micro-dons impulsifs en engagement régulier n’est pas encore démontrée à grande échelle.
Autre enjeu émergent : l’accès de ces technologies aux petites associations, qui ne disposent pas toujours des moyens techniques ou financiers pour intégrer ces dispositifs.
À moyen terme, certains acteurs anticipent une intégration encore plus forte dans les plateformes numériques du quotidien — messageries, services digitaux, environnements transactionnels.
La trajectoire semble engagée.Reste à voir comment s’équilibreront innovation, régulation et modèle économique dans cette nouvelle architecture de la générosité.

















