Sortie du roman ``Intimes Persuasions`` de Mina Kasmi
Intimes Persuasions : un récit haletant sur les dérives du design comportemental d’État
Mina Kasmi signe un thriller haletant exposant les risques démocratiques liés au nudging, une méthode d’influence publique fondée sur émotions, biais cognitifs, décisions.
Avec Intimes Persuasions, son premier roman, Mina Kasmi explore les coulisses du programme Nova et révèle les dérives d’un pouvoir qui oriente les comportements sous couvert d’« incitations bienveillantes ».
À travers l’enquête de Clara Delmas et la crise morale de Gabriel Morel, le livre interroge la manipulation douce, les biais psychologiques et la fragilité du libre arbitre. Analyse et extraits.
Intimes Persuasions, de la journaliste Mina Kasmi, s’ouvre sur une scène qui tient du constat froid et du vertige intime : une salle de presse immaculée, verres d’eau alignés, lumière glacée.
La ministre vante Nova comme un « dispositif d’accompagnement citoyen » ; Gabriel Morel, son architecte, incarne cette modernité policée. La narration saisit immédiatement le frémissement : « Son sourire, lui, ne bougeait pas. Parfait. Professionnel. »
La fissure vient d’une question simple et directe : qui conçoit les algorithmes, qui définit le « comportement positif » ? Clara Delmas, journaliste, porte cette question comme une lame qui sépare le discours lisse des enjeux réels. Kasmi filme la scène avec un sens aigu du détail — une hésitation, une goutte de sueur, un regard — et transforme l’instant en lave narrative.
Le roman gagne en densité lorsqu’il montre ce que recouvrent, dans les faits, les « incitations bienveillantes ». Clara met au jour des documents internes : notes de Matignon, mails, slides ZIP qui déplacent le sens de la modernisation vers la manipulation. Une phrase d’un mail interne signé Gabriel résume la dérive technique et morale :
« Pour garantir un engagement pérenne, il faut oser franchir le cap de la simple incitation visuelle… L’UX doit adapter ses narrations aux profils comportementaux. Nous avons les données. Nous avons les biais. Il serait incohérent de ne pas les activer. »
La découverte la plus inquiétante — et narrativement efficace — est la Mesure 9.2 : un module adaptatif qui ajuste la tonalité du message selon la fatigue, le ton de la voix, la résistance perçue. Ce n’est plus du nudge au sens léger : c’est une scénarisation émotionnelle déployée, d’abord, sur des foyers vulnérables. « Le message sera ajusté en fonction des réactions émotionnelles détectées. »
Parallèlement à l’enquête, la trajectoire de Gabriel constitue l’armature morale du livre. L’architecte du dispositif découvre — trop tard — que son projet a pris une forme qu’il n’a plus la main de réguler. Sa prise de conscience culmine dans des aveux à voix basse :
« Nous n’avons pas conçu un système d’aide. Nous avons écrit un script. »
Kasmi construit l’intrigue avec l’efficacité d’un journaliste et l’attention d’un romancier : assemblage de preuves, scènes off, rencontres en périphérie, relais médiatiques, plateaux télé où la complexité est diluée en consensus policé. Clara publie ; la pression monte ; Gabriel finit par parler publiquement — pas pour dénoncer en criant, mais pour exposer ce qu’il sait et ce qu’il regrette : « Je ne sais pas ce que ça change. Mais je l’ai fait. »
La prose de Kasmi est l’autre vertu du roman. Elle alterne phrases sèches et paragraphes plus respiratoires, ménage des silences, travaille le sous-texte des dialogues. Les personnages ne sont pas caricaturaux : Gabriel est à la fois inspirateur et aveuglé ; Clara est déterminée et vulnérable. Un passage résume cette ambivalence intime-politique :
« Ce qu’on a partagé, je ne le regrette pas. Pas une seconde. Mais je ne peux pas continuer à marcher à tes côtés… si je ne sais pas d’où tu viens. »
Le récit ne sacrifie jamais la complexité à l’efficacité dramatique. La mise en ligne des documents (rétroplannings, scripts, contrats d’influence) transforme l’affaire en débat public et pousse le roman vers une résolution qui ménage l’intime et l’institutionnel :
- divulgation,
- scandale,
- interrogations juridiques (RGPD,
- consentement éclairé)
- et réactions citoyennes.
La charge politique, ici, n’est pas morale à l’emporte-pièce : elle est factuelle, documentée et sociologiquement plausible.
Une inquiétude civique ancrée dans le réel
Ce qui distingue Intimes Persuasions d’un simple thriller, c’est sa façon d’enraciner l’alerte dans des détails administratifs et technologiques crédibles : modules 12.4 et 13.6, mentions de partenaires privés comme CleverMaps, procédés d’amplification via micro-influenceurs — autant d’éléments qui donnent au scénario sa vraisemblance inquiétante.
Ces précisions renvoient directement à la question publique que le livre pose : la modernisation de l’action publique peut-elle se confondre avec une gestion comportementale sans consentement véritable ?
Kasmi n’offre pas de réponse simpliste. Sa fiction est une invitation à débattre — et c’est sans doute sa réussite majeure : par la sensibilité de ses personnages et la rigueur documentaire, elle transforme une inquiétude technique en question civique. Quand la douce persuasion devient méthode systématique, la démocratie perd une part de son espace délibératif : voilà la leçon qui reste après la lecture.
Où trouver Intimes Persuasions ?
- Disponibilité :Le roman Intimes Persuasions de Mina Kasmi est publié en autoédition via Amazon KDP.
- Il est disponible en broché et en version Kindle. Lien Amazon :https://amzn.eu/d/6vxZgVb
- Prix :– Broché : 13,99 €– Ebook Kindle : 6,99 €
- contact minakasmi.romans@gmail.com








