
La croissance de Ninkasi freinée par l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat
Pourquoi Ninkasi recourt à la procédure de sauvegarde malgré sa croissance
Entre croissance ralentie et investissements industriels lourds, Ninkasi ajuste sa trajectoire dans un environnement économique durablement contraint pour le groupe.
Dans un contexte économique durablement sous tension pour les acteurs de la restauration et des lieux hybrides, le groupe lyonnais Ninkasi a choisi d’activer un levier juridique encore sensible dans le débat économique.
Fin décembre, à l’initiative de son fondateur Christophe FARGIER, une procédure de sauvegarde a été sollicitée puis validée mardi 23 décembre par le tribunal des activités économiques de Lyon pour quatre filiales du groupe : Ninkasi Entreprises, Ninkasi Fabriques, Ninkasi Ale House et Ninkasi Immobilière Tarare.
Une décision présentée par l’entreprise comme un choix d’anticipation, mais qui intervient à un moment charnière de son développement.
Créé autour d’un concept mêlant production de bières et spiritueux artisanaux, restauration et programmation musicale, Ninkasi s’est imposé en une quinzaine d’années comme un acteur singulier du paysage français. Le groupe exploite aujourd’hui environ 25 établissements, principalement en Auvergne-Rhône-Alpes, et emploie près de 290 salariés.
En 2024, son chiffre d’affaires s’est établi autour de 23,6 millions d’euros, selon des données issues de sources professionnelles, un niveau inférieur à celui atteint avant la crise sanitaire, lorsque le groupe approchait les 26 millions d’euros de revenus.
Ninkasi en chiffres
- Chiffre d’affaires 2024 : 23,6 M€
- Réseau : environ 25 établissements en France
- Effectifs : environ 290 salariés
- Activités : production de bières et spiritueux, bars-restaurants, programmation musicale
« Ninkasi a décidé d’ouvrir une procédure de sauvegarde pour préserver le projet et l’entreprise », explique le groupe.
En cause, selon la direction, l’accumulation de chocs macro-économiques — crise sanitaire, guerre en Ukraine, inflation persistante, hausse des coûts de l’énergie et des matières premières, baisse du pouvoir d’achat — qui ont pesé sur la fréquentation et les marges.
Dans ce contexte, reconnaît-elle, la croissance du groupe se poursuit, mais « reste encore en deçà des niveaux attendus ».
L’entreprise indique amortir le choc sur certaines activités, avec un recul limité à –2 %, tout en continuant à progresser globalement. Un chiffre qui, s’il traduit une forme de résilience, reste insuffisant pour apprécier pleinement la solidité financière d’un groupe engagé dans une phase d’investissement industriel majeure.
Un pari industriel lourd
À Tarare (Rhône), Ninkasi a inauguré une nouvelle brasserie-distillerie destinée à accroître fortement sa capacité de production.
- Montant estimé de l’investissement : environ 32 M€
- Objectif : montée en puissance industrielle et diversification des revenus
Un pari stratégique engagé avant le retournement conjoncturel, qui pèse aujourd’hui sur les équilibres financiers.
Une sauvegarde pour gagner du temps, à l’épreuve du modèle
C’est précisément pour absorber ce décalage entre ambitions industrielles et conjoncture que la direction défend le recours à la procédure de sauvegarde.
« Elle permettra de disposer du temps nécessaire pour structurer un plan robuste et atteindre les objectifs de croissance », assure le groupe.
En pratique, ce cadre juridique offre une protection temporaire permettant de retravailler la trajectoire financière sans interrompre l’exploitation.
Mais ce choix met aussi en lumière les fragilités d’un modèle de croissance fondé sur la diversification et l’expansion. Ninkasi a misé sur la franchise pour essaimer au-delà de son socle régional, avec des ouvertures annoncées à La Roche-sur-Yon et Rennes à l’horizon 2025-2026.
Une stratégie de développement sous tension
Le modèle Ninkasi repose sur trois piliers :
- production de bières et spiritueux artisanaux,
- exploitation de bars-restaurants en propre et en franchise,
- offre culturelle (concerts, événements).
Une diversification qui renforce l’identité du groupe, mais complexifie aussi sa structure de coûts et son pilotage financier.
À cela s’ajoute une ambition affichée en matière de gouvernance. Le groupe a annoncé son intention de devenir entreprise à mission, intégrant des objectifs sociaux et environnementaux à sa stratégie. Une orientation cohérente avec son ADN, mais qui suppose là encore des investissements et des arbitrages dans un contexte de marges contraintes.
Au-delà du cas Ninkasi, cette décision illustre une évolution plus large du tissu entrepreneurial français. Longtemps associée à des situations de défaillance, la procédure de sauvegarde devient un instrument de pilotage assumé par des entreprises encore actives, cherchant à absorber des chocs structurels.
Reste que ce temps judiciaire n’est pas un blanc-seing. Il suppose, à échéance, la présentation d’un plan crédible, capable de concilier ambitions industrielles et soutenabilité financière.
Pour Ninkasi, l’enjeu est désormais de démontrer que cette pause sous protection judiciaire peut servir de levier de consolidation — et non de simple sursis — dans un secteur où la croissance ne suffit plus, à elle seule, à masquer les fragilités économiques.







