Pourquoi EverEver vise la reprise de Brandt et son électroménager
À horizon 2029, EverEver prévoit 150 emplois sur le site Brandt de Vendôme, selon son modèle industriel durable.
La liquidation judiciaire de Brandt, prononcée en décembre, a laissé derrière elle bien plus qu’un passif industriel. Elle a ravivé, une fois encore, la question de l’avenir de la production de gros électroménager en France. Dans ce paysage marqué par la disparition progressive des sites et des savoir‑faire, une candidature a retenu l’attention par son caractère inattendu : celle d’EverEver, une jeune entreprise bretonne encore absente du marché, mais porteuse d’un projet industriel singulier.
Installée à Arradon, dans le Morbihan, EverEver s’est portée candidate à la reprise d’actifs et de marques emblématiques de Brandt, avec l’objectif affiché de relancer une activité de fabrication sur le site de Vendôme, dans le Loir‑et‑Cher.
L’initiative, révélée notamment par 20 Minutes, a surpris par son calendrier comme par l’écart de taille entre les deux entités. Brandt employait encore près de 700 personnes en France avant sa liquidation ; à Vendôme, une centaine de salariés travaillaient jusqu’à l’arrêt de l’activité.
Cette tentative de reprise s’inscrit dans un contexte plus large de réflexion sur la réindustrialisation. Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics comme les acteurs économiques cherchent à faire émerger de nouveaux modèles productifs, capables de concilier ancrage local, viabilité économique et exigences environnementales. C’est précisément sur ce terrain qu’EverEver entend se positionner.
Fondée en 2018 par Martin Hacpille, entrepreneur de 39 ans, la société s’est construite autour d’un projet unique : Albert, un lave‑vaisselle conçu pour durer au moins vingt ans, fabriqué majoritairement en France et pensé pour être facilement réparable. L’appareil revendique un indice de réparabilité maximal et repose sur une conception modulaire.
Cette philosophie trouve son origine dans une expérience personnelle devenue banale pour de nombreux consommateurs : l’impossibilité de réparer un équipement pour une panne mineure, faute de pièces ou de solutions économiquement viables. EverEver a fait de cette frustration un point de départ industriel, misant sur la durabilité comme argument central de différenciation.
Sur le papier, le projet a rencontré un certain écho. Fin 2025, l’entreprise revendiquait un carnet de commandes d’environ 60 000 lave‑vaisselle, incluant une première commande de 2 000 unités passée par l’enseigne Boulanger. Un volume significatif, mais qui demeure étroitement conditionné à la mise en production effective de l’appareil, sans que ne soient précisés ni le calendrier industriel, ni le niveau des engagements financiers associés à ces précommandes.
Car c’est bien là que se concentre la principale difficulté. À ce stade, EverEver ne dispose pas d’outil industriel opérationnel. La piste de la reprise de l’ancien site Michelin de Vannes a été envisagée, avant d’être freinée par l’ampleur et le coût des travaux de dépollution nécessaires.
Dans ce contexte, la candidature à la reprise du site de Vendôme apparaît moins comme une opportunité opportuniste que comme une tentative de résoudre une impasse structurelle : produire en France suppose, d’abord, de disposer d’une usine.
Le projet présenté repose sur une montée en charge progressive. La relance envisagée débuterait par la fabrication de plaques de cuisson, avant un élargissement ultérieur vers d’autres équipements, notamment les fours.
À horizon 2029, EverEver évoque la constitution d’un site capable de soutenir durablement la production et de générer environ 150 emplois. À l’échelle des effectifs historiques de Brandt, cette relance resterait toutefois très partielle, traduisant un changement d’ambition autant qu’un changement de modèle.
L’autre inconnue majeure demeure financière. La reprise et la remise en activité du site sont conditionnées à un financement estimé à près de 14 millions d’euros. À ce stade, environ un million d’euros aurait été sécurisé, laissant apparaître un écart significatif entre les besoins identifiés et les ressources disponibles.
EverEver a engagé à l’automne une levée de fonds, incluant un volet participatif, afin d’associer investisseurs particuliers et professionnels sensibles aux enjeux de réindustrialisation. La capacité de l’entreprise à convaincre des financeurs institutionnels et les mandataires judiciaires de la solidité de son projet sera déterminante.
La jeune société n’est d’ailleurs pas seule à s’intéresser aux actifs de Brandt. D’autres scénarios ont été étudiés depuis la liquidation, qu’il s’agisse d’un projet porté par le dirigeant de Thomson Computing sur le site d’Orléans ou d’une tentative de reprise sous forme coopérative, finalement rejetée par le tribunal. Face à ces propositions, EverEver se distingue moins par sa puissance financière que par la cohérence de son récit industriel.
Rien ne garantit l’issue de cette tentative, ni sa capacité à se concrétiser dans les délais annoncés. Mais au‑delà du sort de Brandt, le projet d’EverEver agit comme un test grandeur nature. Il interroge la possibilité de faire émerger en France des modèles industriels plus modestes dans leurs promesses, mais potentiellement plus robustes dans leur exécution, à l’heure où la souveraineté industrielle se heurte à des contraintes économiques et financières de plus en plus fortes.
















