
Lylö : la réponse de Talassa aux polluants émergents
Talassa investit dans Lylö pour répondre aux limites des traitements publics face aux PFAS et à la qualité perçue de l’eau.
La qualité de l’eau potable a longtemps échappé au débat économique. Invisible, normée, majoritairement conforme, elle relevait d’un service public dont l’efficacité semblait acquise. Mais cette certitude se fissure. L’irruption des polluants dits « émergents », au premier rang desquels les PFAS, a fait basculer l’eau du robinet dans le champ des préoccupations sanitaires contemporaines.
Un basculement discret mais profond, qui interroge à la fois la capacité des réseaux publics à s’adapter et la place croissante laissée aux solutions privées dans la maîtrise de la qualité de l’eau.
Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), plus de 90 % des points de prélèvement analysés en France contiennent des traces d’acide trifluoroacétique (TFA), un PFAS particulièrement persistant, aujourd’hui encore non réglementé mais faisant l’objet d’une surveillance accrue.
À l’échelle européenne, la Commission a acté le principe d’un durcissement progressif des seuils admissibles pour l’ensemble des PFAS, dans le cadre de la révision de la directive sur l’eau potable, avec une mise en œuvre progressive attendue à partir de 2026. Une évolution qui reconnaît implicitement les limites des traitements conventionnels.
« Les usines de potabilisation ont été conçues pour traiter des pollutions classiques, pas des molécules aussi stables et diffuses », explique un hydrologue spécialisé dans la qualité de l’eau, qui rappelle que « la conformité réglementaire ne signifie pas nécessairement absence de risque sanitaire à long terme ».
Les situations locales illustrent ces tensions. Dans la métropole de Lyon, les données publiées par l’Agence régionale de santé (ARS) montrent une eau globalement conforme aux normes en vigueur, mais avec des dépassements ponctuels de certains seuils recommandés dans des zones spécifiques.
Ces disparités territoriales nourrissent une inquiétude diffuse chez les consommateurs, de plus en plus attentifs à la qualité perçue de l’eau, au-delà de sa simple potabilité réglementaire.
C’est dans cet espace d’incertitude que se positionnent des industriels comme Talassa. Implantée à Brignais, dans la métropole lyonnaise, la PME française est spécialisée depuis près de vingt ans dans le traitement de l’eau.
Elle revendique 8 millions d’euros de chiffre d’affaires, 30 salariés et un effort de recherche et développement représentant 4 % de ses revenus, un niveau significatif pour une entreprise de cette taille.
Talassa conçoit et fabrique l’essentiel de ses solutions en France et s’appuie sur un réseau national de 1 000 revendeurs et installateurs.

À la tête de Talassa, Jean-Christophe Meynand en est le PDG depuis plusieurs années.
Talassa en chiffres
- 20 ans d’existence
- 8 M€ de chiffre d’affaires
- 30 collaborateurs
- 4 % du CA investi en R&D
- 1 000 points de vente et installateurs partenaires
Pour renforcer sa capacité d’innovation, l’entreprise a investi dans SMAT Innovation, une start-up rhônalpine fondée en 2023, spécialisée dans la recherche appliquée au traitement de l’eau et de l’air.
Des travaux menés sur des matériaux adsorbants de nouvelle génération visent à améliorer la captation de contaminants chimiques et microbiologiques, tout en validant les performances dans un cadre proche des futures exigences réglementaires. Une stratégie qui permet à l’industriel d’anticiper plutôt que de subir l’évolution des normes.
Le traitement de l’eau, nouveau marché domestique
La solution développée par Talassa, baptisée Lylö, s’inscrit dans un marché encore éclaté. Le traitement domestique de l’eau repose aujourd’hui majoritairement sur des dispositifs ponctuels — carafes filtrantes, filtres sous évier, adoucisseurs classiques ou systèmes d’osmose inverse — qui répondent à des usages spécifiques, mais rarement à une approche globale de l’eau du logement.
Lylö revendique précisément cette approche intégrée. Installée directement à l’arrivée d’eau, la station traite l’ensemble des usages domestiques, de la cuisine aux appareils électroménagers. Sur le plan technique, elle combine filtration mécanique, adoucissement par échange d’ions et charbon actif haute performance, afin de réduire plusieurs catégories de contaminants.
Ce que traite Lylö
- Sédiments et impuretés
- Calcaire
- Chlore
- Certains pesticides
- PFAS ciblés (dont PFOA et PFOS)
Cette solution « tout-en-un » répond à une demande croissante de maîtrise sanitaire et de confort : eau plus douce pour la peau et le linge, protection des canalisations, réduction de l’usage de produits d’entretien et moindre dépendance à l’eau embouteillée.
Selon les estimations de l’entreprise, une famille de quatre personnes peut consommer plus de 110 m³ d’eau par an avec une eau traitée contre le chlore, le calcaire et certains PFAS.
Un marché encore fragmenté
- Filtres ponctuels : peu coûteux, efficacité ciblée
- Adoucisseurs classiques : efficaces contre le calcaire, peu contre les polluants émergents
- Osmose inverse : très performante, mais coûteuse et énergivore
- Stations globales : approche complète, investissement initial plus élevé
Reste une question centrale : celle du coût et de l’accès. L’installation d’un système global représente un investissement significatif pour les ménages, auquel s’ajoutent des frais de maintenance et de consommables.
Une réalité qui pose la question d’une possible inégalité d’accès à une eau de « meilleure qualité », au-delà du socle sanitaire garanti par le service public.
« On assiste à une forme de privatisation de la qualité, pas de l’eau elle-même », analyse un spécialiste des politiques publiques de l’eau. « Le service public assure une eau potable pour tous, mais les ménages qui en ont les moyens cherchent désormais à aller au-delà. » Une évolution déjà observée dans d’autres domaines, comme la qualité de l’air intérieur ou la performance énergétique des logements.

Talassa assume ce positionnement, tout en mettant en avant les économies indirectes générées sur le long terme. Mais le débat reste ouvert. Jusqu’où la responsabilité de la qualité de l’eau doit-elle incomber aux particuliers ?
Et à partir de quel point ces solutions privées deviennent-elles le révélateur des limites structurelles du modèle public ?
À mesure que les normes se durcissent et que la défiance progresse, l’eau du robinet, longtemps considérée comme un acquis, s’impose désormais comme un enjeu économique, social et politique à part entière.







