Acquisition de MYRIADE par la Maison MGA, un pari industriel sur la nano-bioanalyse
Maison MGA : pourquoi l’acquisition de MYRIADE dépasse une simple opération industrielle
Maison MGA mise sur l’acquisition de MYRIADE pour renforcer son expertise en instrumentation scientifique et technologies biotech.
Dans les biothérapies modernes, ce qui bloque l’accès au marché n’est plus la découverte, mais la capacité à mesurer, contrôler et reproduire l’infiniment petit. Vecteurs viraux, nanoparticules lipidiques, exosomes : ces objets biologiques invisibles à l’œil nu sont devenus les piliers des thérapies géniques, des vaccins de nouvelle génération et de la bioproduction.
Encore faut-il être capable de les caractériser avec précision, de manière fiable et industrialisable. C’est sur ce terrain, aussi stratégique que discret, que se joue une part croissante de la compétitivité industrielle en santé.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’acquisition de Myriade par la Maison MGA. Annoncée début janvier, l’opération pourrait passer pour un simple mouvement de consolidation technologique.
Elle révèle pourtant une dynamique plus profonde : la montée en puissance d’acteurs industriels français cherchant à reprendre la main sur des briques devenues critiques pour les sciences de la vie, à l’interface entre recherche de pointe et production à grande échelle.
« 🇫🇷 La Maison s’agrandit 🧬 ! Nous sommes très heureux d’annoncer l’acquisition de MYRIADE par la Maison MGA, au sein de MGA TECHNOLOGIES, ainsi que la création d’un établissement secondaire à Paris-Montreuil », souligne Hervé de Malliard, serial entrepreneur et président de la Maison MGA, sur son compte LinkedIn.
Basée historiquement en région lyonnaise, la Maison MGA s’est développée loin des effets d’annonce. L’entreprise conçoit et fabrique des équipements complexes pour des industriels pharmaceutiques, biotech et medtech confrontés au passage à l’échelle de technologies sensibles : automatisation de procédés, robotique, instrumentation scientifique, systèmes d’analyse intégrés.
Un positionnement exigeant, à la frontière de l’ingénierie lourde et des sciences du vivant, où peu d’acteurs parviennent à s’installer durablement.
Avec Myriade, MGA met la main sur une technologie clé. La startup deeptech a développé le VIDEODROP, un instrument d’imagerie optique sans marquage capable de mesurer rapidement la taille et la concentration de nanoparticules biologiques à partir d’un échantillon minuscule. Un outil déjà présent dans les laboratoires de R&D avancée, mais dont l’enjeu est désormais clair : devenir un maillon fiable et robuste de la chaîne industrielle.
Le goulot d’étranglement de la bioproduction
Dans la thérapie génique et les vaccins, la difficulté n’est plus seulement de produire des vecteurs ou des nanoparticules, mais de garantir leur reproductibilité, leur stabilité et leur conformité à grande échelle.
Les outils de caractérisation sont devenus un facteur déterminant d’accès au marché.
Ce passage du laboratoire à l’usine est précisément là où de nombreuses innovations deeptech échouent. Concevoir un instrument scientifique performant est une chose ; le rendre industrialisable, automatisable, maintenable et conforme aux contraintes réglementaires en est une autre.
Le marché mondial de l’instrumentation pour les sciences de la vie reste largement dominé par des acteurs nord-américains et asiatiques, laissant peu de place à des solutions européennes capables de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur.
La stratégie de la Maison MGA consiste justement à occuper cet espace intermédiaire. En intégrant Myriade, le groupe enrichit un portefeuille déjà structuré autour d’instruments propriétaires et de solutions sur mesure, tout en renforçant ses compétences en optique avancée, bioanalyse et logiciel scientifique.
L’ambition n’est pas de multiplier les références, mais de bâtir une plateforme technologique cohérente, pensée pour accompagner les industriels confrontés à la complexité croissante des bioprocédés.
L’opération s’accompagne de l’intégration de l’ensemble des équipes de Myriade et de la création d’un établissement secondaire à Paris, dédié aux activités scientifiques et logicielles.
Un choix stratégique à l’heure où la compétition pour les talents et l’accès aux réseaux académiques s’intensifient. Myriade collabore étroitement avec PSL, le CNRS et l’Institut d’Optique, et cette implantation place désormais la Maison MGA au cœur de l’écosystème techbio français et européen.
Industrialiser la science, un pari à haut risque
Peu d’acteurs savent faire dialoguer durablement recherche de pointe et contraintes industrielles. Les cycles sont longs, les investissements lourds, les exigences réglementaires élevées. C’est pourtant ce pari qu’assume la Maison MGA : transformer des avancées scientifiques en instruments industriels fiables, capables de fonctionner en continu dans des environnements contraints.
Pour Myriade, le rapprochement marque un changement d’échelle. L’enjeu n’est plus seulement la performance scientifique, mais la capacité à déployer le VIDEODROP dans des contextes industriels réels, auprès d’acteurs soumis à des impératifs de productivité, de traçabilité et de conformité. Une transition délicate, que beaucoup de technologies n’opèrent jamais.
Un enjeu de souveraineté industrielle
Les instruments de mesure et d’analyse sont des infrastructures invisibles mais essentielles de l’innovation en santé.
Leur maîtrise conditionne l’autonomie des filières biotech et pharmaceutiques européennes face à des solutions extra-européennes dominantes.
À l’heure où les chaînes de valeur technologiques sont relues à l’aune de la souveraineté et de la résilience industrielle, l’acquisition de Myriade prend ainsi une dimension qui dépasse largement le cadre d’une opération de croissance externe.
Elle illustre une tentative de reconstruction patiente d’une capacité industrielle européenne dans des domaines critiques, loin des effets de mode, mais au cœur des enjeux de santé publique.
Loin des levées de fonds spectaculaires et des promesses à court terme, la Maison MGA fait le choix d’un temps long, celui de l’industrie. Un pari exigeant et risqué, mais de plus en plus nécessaire. Car l’avenir des biothérapies ne se joue plus seulement dans les laboratoires, mais désormais dans la capacité des usines à suivre.








