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Gaz vert en Auvergne-Rhône-Alpes : GRDF atteint 1 TWh, l’équivalent de 250 000 logements chauffés

Cette montée en puissance s’inscrit dans le développement d’une filière industrielle régionale créatrice d’emplois et d’investissements. Décryptage

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Guilhem Armanet, directeur régional de GRDF Sud-Est, et Henri Pégoud, agriculteur et associé de Metha4Agri, lors de la conférence de presse au siège régional de GRDF à Lyon
Guilhem Armanet, directeur régional de GRDF Sud-Est, et Henri Pégoud, agriculteur et associé de Metha4Agri, lors de la conférence de presse au siège régional de GRDF à Lyon
Guilhem Armanet explique le rôle stratégique du biométhane dans le mix énergétique régional

Objectif 2030 : doubler la production de gaz renouvelable

GRDF structure une filière régionale du gaz vert, créatrice d’emplois et levier de décarbonation industrielle.

Un térawattheure. Derrière ce seuil technique, l’Auvergne-Rhône-Alpes atteint un cap stratégique : pour la première fois, le gaz renouvelable injecté dans les réseaux régionaux atteint l’équivalent de la consommation annuelle de 250 000 logements chauffés au gaz, ou de l’énergie nécessaire pour faire rouler 4 000 à 6 000 bus urbains au BioGNV pendant un an.

Un chiffre qui dit moins une performance isolée qu’un changement de nature : le biométhane n’est plus une expérimentation territoriale. Il commence à peser dans l’équilibre énergétique réel.

Pour Guilhem Armanet, directeur régional de GRDF Sud-Est, ce seuil marque un basculement.

Guilhem Armanet, Directeur Régional GRDF Sud Est
Guilhem Armanet, Directeur Régional GRDF Sud Est

« Un térawattheure, ce n’est plus un symbole. C’est une énergie qui compte dans le système. »

Son propos s’inscrit à rebours des lectures simplistes de la transition. Non pas une opposition entre électricité et gaz, mais une articulation.

« Dans un mix de plus en plus électrique, le gaz vert joue un rôle d’assurance systémique. »

La question est physique avant d’être idéologique. En hiver, lors des vagues de froid, le gaz fournit en France une puissance instantanée supérieure à celle de l’électricité. Une réalité que ni le photovoltaïque ni l’éolien ne peuvent aujourd’hui compenser seuls.

« Le réseau de gaz est une immense capacité de stockage saisonnier », rappelle Guilhem Armanet. Un atout devenu central à mesure que les énergies intermittentes montent en puissance.

Gaz et électricité : une complémentarité contrainte par la physique

En période de pointe hivernale, la demande énergétique explose.

Le gaz — aujourd’hui encore majoritairement fossile — assure l’équilibre du système.

La transition repose donc moins sur son élimination rapide que sur sa décarbonation progressive, en complément d’un mix électrique renforcé.

C’est dans ce cadre que s’inscrit la trajectoire régionale. Avec 73 sites de production en fonctionnement, l’Auvergne-Rhône-Alpes fait figure de laboratoire à grande échelle. En dix ans, la région est passée d’un site unique à un réseau dense d’unités agricoles, industrielles et territoriales.

GRDF Sud-Est assure l’injection de ce gaz renouvelable dans les réseaux régionaux, garantissant son intégration au mix énergétique et sa distribution aux consommateurs de la région.

Une croissance rapide, mais encadrée : selon les données de la filière et de l’État, les cultures dédiées à la méthanisation représentent environ 3 % des intrants, bien en deçà du plafond réglementaire de 15 %.

Autour du biométhane s’est structuré un écosystème industriel désormais mature. Des entreprises comme Waga Energy, Seya, Arol, Energy et Prodeval exportent leurs solutions technologiques d’épuration et de production de biométhane à l’international.

D’autres acteurs régionaux, comme Deltalys et Méthalac, participent à la filière et développent des projets à l’étranger, mais leur activité d’exportation reste moins documentée.

En 2024, la filière française du gaz renouvelable a généré près de 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, dont environ 286 millions en Auvergne-Rhône-Alpes, selon les données consolidées de la filière (ADEME, acteurs professionnels).

Près de 23 % des emplois nationaux du secteur y sont localisés, avec quelque 6 000 recrutements attendus d’ici 2030.

Gaz vert : quelques repères économiques

  • 1,1 Md€ de chiffre d’affaires national en 2024 (filière gaz renouvelable)
  • 286 M€ en Auvergne-Rhône-Alpes
  • 23 % des emplois nationaux du secteur localisés dans la région
  • Objectif national : 20 % de gaz renouvelable dans les réseaux en 2030 (PPE)

Sources : ADEME, GRDF, acteurs professionnels de la filière ; Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)

Reste toutefois une question de fond, régulièrement soulevée par les experts climat et énergie : jusqu’où le gaz, même renouvelable, peut-il s’inscrire dans une trajectoire de neutralité carbone à long terme ? Le biométhane reste une ressource limitée, dépendante de gisements finis et de mécanismes de soutien public.

Pour l’ADEME comme pour plusieurs économistes de l’énergie, il ne peut constituer qu’une brique parmi d’autres, prioritairement destinée aux usages difficiles à électrifier.

Guilhem Armanet lors de « Métha’Galette » ! Mercredi 7 janvier 2026
Guilhem Armanet lors de « Métha’Galette » ! Mercredi 7 janvier 2026

Les acteurs de la filière revendiquent cette approche graduelle. « Le gaz vert n’est pas une solution miracle, mais une solution utile », résume Guilhem Armanet.

« Il permet de décarboner là où l’électrification immédiate est complexe, sans attendre des ruptures technologiques. »

 

comment gaz renouvelable est produit localement

Gaz vert en Auvergne-Rhône-Alpes : quand la transition s’ancre dans l’agriculture

Sur le terrain, cette logique prend une épaisseur très concrète. À Pressins, en Isère, Henri Pégoud, agriculteur et président de la SAS Metha4Agri, incarne cette transition agricole pragmatique.

Autour de lui, un collectif de neuf agriculteurs issus de quatre exploitations s’est engagé dans un projet de méthanisation agricole porté localement, fruit de près de dix années de maturation, représentant un investissement de 5,5 millions d’euros, soutenu notamment par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le Département de l’Isère et l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Devenu l’un des exemples emblématiques de la dynamique régionale, le site illustre une transition énergétique ancrée dans les territoires.

Après sept ans de procédures et de concertation, le site a injecté ses premiers volumes de gaz en février 2024.

Henri Pegoud, crédit photo : Lyon Demain
Henri Pegoud, crédit photo : Lyon Demain

« On cherchait un complément de revenu, mais surtout à valoriser ce qu’on considérait comme des déchets », explique-t-il.

Le méthaniseur, détenu collectivement via la société locale Metha4Agri, produit aujourd’hui près de 9 GWh de biométhane par an.

À l’échelle régionale, cette contribution reste modeste, mais à l’échelle locale, elle est structurante : le gaz alimente directement les logements, écoles, bâtiments communaux ainsi qu’une usine agroalimentaire dans les communes de Pressins, les Abrêts, Charancieu et Pont-de-Beauvoisin.

L’unité repose principalement sur des cultures intermédiaires (CIVE), semées entre deux cultures principales, ainsi que sur des coproduits agricoles, qui protègent les sols, captent du carbone, puis sont méthanisés.

Le digestat produit retourne ensuite aux champs comme fertilisant naturel, réduisant les besoins en engrais chimiques et améliorant la qualité des sols, tout en sécurisant les revenus des exploitations.

« On a réduit nos achats d’engrais chimiques, amélioré nos sols et sécurisé nos revenus », résume Hervé Pégoud, pour qui l’année écoulée a été la meilleure de sa carrière sur le plan économique.

Méthanisation agricole : ce que dit l’expérience

  • Cultures intermédiaires, pas de cultures alimentaires dédiées
  • Digestat utilisé comme engrais naturel
  • Réduction des intrants et amélioration des sols
  • Revenus agricoles plus stables

L’acceptabilité locale, longtemps source de tensions, s’est progressivement améliorée.

Henri Pégoud, agriculteur à Pressins (Isère) et associé de Metha4Agri, exploite une unité locale de méthanisation
Henri Pégoud, agriculteur à Pressins (Isère) et associé de Metha4Agri, exploite une unité locale de méthanisation

« Au début, il y avait des peurs, parfois très fortes. Puis les gens ont vu que ça ne sent pas, que ça ne fait pas de bruit, que ça crée de l’activité », raconte l’agriculteur.

La crise énergétique et la guerre en Ukraine ont aussi modifié le regard : produire localement une énergie substituable aux importations est devenu un enjeu concret de souveraineté.

À l’horizon 2030, l’Auvergne-Rhône-Alpes vise 2 TWh de production annuelle, avec environ 180 sites en activité. Un objectif jugé atteignable par les acteurs, au regard des quelque 100 projets déjà engagés. Ces trajectoires restent toutefois dépendantes des arbitrages réglementaires et des mécanismes de soutien public.

En ligne de mire, les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver offriront une vitrine internationale : une fraction limitée de la production actuelle suffirait à alimenter des transports collectifs décarbonés.

Le cap du térawattheure n’est donc ni un aboutissement ni une promesse excessive. Il marque l’entrée du gaz vert dans une phase de maturité : celle d’une énergie renouvelable capable de contribuer, à sa place, à la transition — sans bruit, sans rupture, mais avec une efficacité désormais mesurable.

Les chiffres clés de la méthanisation en France
Les chiffres clés de la méthanisation en France

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