Accueil Industrie Les Trophées régionaux Responsible Care® 2025 révèlent une chimie confrontée au réel

Les Trophées régionaux Responsible Care® 2025 révèlent une chimie confrontée au réel

Les Trophées Responsible Care® révèlent comment des entreprises industrielles intègrent la responsabilité au cœur de décisions stratégiques. Reportage

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Trophées régionaux Re'sponsibel Care©- Hassan EL BASRI, Sysenqo, Anne-Sophie GOUTIERRE et Marie REZEAU, PILI, Elisa ROPAGNOL Gattefossé, Jean Claude REHS, Osiris ©crédit : FCAura
Trophées régionaux Re'sponsibel Care©- Hassan EL BASRI, Sysenqo, Anne-Sophie GOUTIERRE et Marie REZEAU, PILI, Elisa ROPAGNOL Gattefossé, Jean Claude REHS, Osiris ©crédit : FCAura
Trophées régionaux Responsible Care® 2025 : comment la chimie régionale se transforme sur le terrain

Quand la chimie accepte d’être jugée sur ses preuves

Les initiatives locales permettent aux jeunes et aux salariés de comprendre et participer à la transformation industrielle.

Pendant longtemps, la chimie a parlé à voix basse.

Industrie stratégique mais contestée, puissante mais sous surveillance, elle s’est exprimée à travers des normes, des seuils, des communiqués prudents. Peu de récits, peu d’images, encore moins d’émotions.

Aujourd’hui, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Bourgogne-Franche-Comté, un autre discours tente de s’imposer. Celui d’une chimie qui agit avant d’expliquer. Qui transforme ses contraintes en leviers. Et qui accepte, surtout, d’être jugée sur ses preuves.

Les Trophées régionaux Responsible Care® 7é édition en offrent une lecture particulièrement éclairante.

Ce récit a pris corps mercredi 14 janvier 2026, à la Maison de la Chimie, dans le 8ᵉ arrondissement de Lyon. À partir de 18 heures, France Chimie Auvergne-Rhône-Alpes et France Chimie Bourgogne-Franche-Comté y ont réuni industriels, partenaires sociaux, représentants institutionnels et acteurs territoriaux pour distinguer quatre lauréats parmi 23 dossiers de candidature.

Deux régions industrielles majeures, quatre prix — Environnement, Santé-Sécurité, Social-Sociétal et Coup de Cœur du Jury — mais surtout un panorama bien plus vaste de ce que devient aujourd’hui la chimie française lorsqu’elle se confronte au réel.

Responsible Care®, en bref

  • Une démarche mondiale de transformation
  • industrielleInitiative lancée au Canada en 1985
  • Déployée aujourd’hui dans plus de 60 pays
  • Engagement volontaire de l’industrie chimique
  • Objectif : aller au-delà de la réglementation en matière de sécurité, santé, environnement et dialogue avec la société

Car cette cérémonie ne raconte pas seulement des succès. Elle raconte un moment charnière.Un secteur qui ne peut plus se contenter de produire, mais qui doit expliquer comment il produit, avec qui, et à quelles conditions.

La démarche Responsible Care® s’inscrit dans ce temps long. Née à la suite de crises industrielles majeures, elle repose sur un principe simple et exigeant : améliorer en continu les pratiques, non sous la contrainte, mais par choix. En France, et particulièrement en Auvergne-Rhône-Alpes et en Bourgogne-Franche-Comté — premier bassin de production chimique en France, concentrant 25 % de la recherche nationale en chimie — cette exigence prend une dimension très concrète.

Les projets présentés cette année en témoignent. Derrière les quatre lauréats, c’est tout un écosystème d’initiatives qui se dessine.

Gattefossé (Trophée Environnement) Elisa ROPAGNOL, Directrice des opérations industrielles et Marine LATHAM – ATMO AURA-©crédit : FCAura Sur le terrain environnemental, la chimie explore des voies multiples pour réduire son empreinte sans renoncer à la performance. À Saint-Priest, chez Gattefossé, la gestion de l’eau est devenue un levier stratégique. Réduction des prélèvements, optimisation des nettoyages, réutilisation des eaux osmosées, récupération de chaleur fatale, écoconception dès le développement des produits : en deux ans, la consommation d’eau par tonne produite a baissé de 14 %, sans investissements lourds. Une transformation progressive mais profonde, qui a valu à l’entreprise le Trophée Environnement.

Mais d’autres dossiers candidats racontent la même dynamique sous d’autres angles. Réduction des émissions de CO₂ liées au transport avec le dispositif Fret21 chez Becker Industrie. Récupération de chaleur fatale et baisse significative des consommations de gaz et d’eau chez Condat.

Développement de traitements textiles sans PFAS chez H&B Materials. Production de molécules biosourcées à fort potentiel industriel avec le projet Cerisea porté par Michelin. Autant de réponses à une même question : comment rester compétitif dans un monde où la sobriété devient une condition de survie économique.

La santé et la sécurité au travail constituent un autre révélateur fort.

Pili (Trophée Santé-Sécurité) Anne-Sophie GOUTIERRE, Responsable d’établissement et Mélanie BURLET - INTEFP-©crédit : FCAura Chez Pili, à Roussillon, le jury a salué une démarche de co-construction rare : les techniciens rédigent eux-mêmes les notices de poste, identifient les risques, définissent les mesures de prévention. Une approche simple, presque évidente, mais qui rompt avec une culture historiquement descendante. Ici, la sécurité n’est plus un corpus figé ; elle devient un savoir vivant, partagé, évolutif.

Autour de ce projet primé gravitent de nombreuses initiatives candidates : sécurisation du chargement de substances dangereuses chez Finorga, transition vers des émulseurs anti-incendie sans fluor sur la plateforme de Roussillon, amélioration de l’ergonomie et lutte contre la sédentarité chez SUEZ IWS Chemicals, ou encore déploiement d’une chaufferie biomasse chez Syensqo à Saint-Fons pour réduire la dépendance au gaz. La prévention s’y lit comme un investissement humain autant qu’industriel.

Trophées Responsible Care® 7e édition 

  • L’édition régionale en chiffres23 dossiers de candidature déposés
  • 2 régions représentées
  • 4 prix décernés :Environnement
  • Santé-SécuritéSocial-Sociétal
  • Coup de Cœur du Jury

Cérémonie organisée le 14 janvier 2026, à Lyon

Une chimie qui s’expose, qui emploie, qui compose avec ses territoires

La dimension sociale et sociétale élargit encore le regard. Diversité et inclusion chez Bayer et Euroapi, prévention des addictions en milieu industriel chez Syensqo, mobilité douce chez Crossject, engagement éducatif et associatif chez DKSH ou Beckers France : ces projets dessinent une chimie attentive aux transformations du monde du travail et aux attentes nouvelles des salariés.

Syensqo (Trophée Social-Sociétal) Hassan EL BASRI, directeur du site Syensqo Clamecy et Sandra Louis, déléguée générale de France Chimie Bourgogne-Franche-Comté-©crédit : FCAura
Syensqo (Trophée Social-Sociétal) Hassan EL BASRI, directeur du site Syensqo Clamecy et Sandra Louis, déléguée générale de France Chimie Bourgogne-Franche-Comté-©crédit : FCAura

À Clamecy, dans la Nièvre, le projet de reconversion d’une friche industrielle en ferme solaire porté par Syensqo, lauréat du Trophée Social-Sociétal, illustre cette évolution. Treize mégawatts installés, l’équivalent de la consommation électrique d’une ville de 6 000 habitants, mais surtout un projet construit avec les collectivités et les habitants. Démolition accompagnée des anciens bâtiments, visites organisées pour les anciens résidents, prise en compte de la mémoire du lieu. La transition énergétique ne se décrète pas : elle se négocie.

Ces dynamiques ne se concentrent pas uniquement dans la Vallée de la Chimie : en Bourgogne-Franche-Comté aussi, des projets structurants émergent, portés par des sites industriels ancrés dans leur territoire et engagés dans des trajectoires de transformation comparables.

L’économie affleure partout. Derrière les démarches RSE, il y a des emplois, des investissements, des arbitrages industriels. À Saint-Fons, la relance programmée de l’atelier Rhovanil, mis sous cocon en 2024, s’inscrit dans un contexte européen plus protecteur face à la concurrence internationale.

À la clé : plusieurs dizaines d’emplois directs, un investissement industriel conséquent et un signal fort envoyé à un territoire industriel fragilisé. La chimie responsable ne signifie pas le retrait ; elle cherche au contraire à consolider ses bases.

Un poids industriel stratégique

  • Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté : – 1er bassin de production chimique en France 25 % de la recherche nationale en chimie
  • Des milliers d’emplois directs et indirects
  • Un secteur clé pour la compétitivité et la souveraineté industrielle

La gouvernance des Trophées Responsible Care® reflète cette exigence d’équilibre. Le jury, composé de représentants d’organismes environnementaux, de partenaires sociaux, d’organisations professionnelles et des instances régionales de France Chimie, a évalué les dossiers selon des critères à la fois techniques, humains et territoriaux. Les projets lauréats seront par ailleurs présentés au niveau national, prolongeant cette reconnaissance régionale dans un cadre plus large.

Osiris (Trophée Coup de Cœur du Jury) Quentin GERVERSIE – MEDEF AURA et Jean Claude REHS, DRH - ©crédit : FCAura Le Coup de Cœur du Jury, attribué au GIE Osiris, résume peut-être le mieux l’esprit de cette édition. Sur la plateforme chimique des Roches-Roussillon, réputée pour ses contraintes de sécurité, l’organisation a conçu un programme permettant à des lycéens de seconde de découvrir pendant quinze jours le fonctionnement d’un site industriel.

Production, maintenance, fonctions supports : l’industrie se montre telle qu’elle est, sans discours. Dans un secteur confronté à une pénurie de compétences et à une image souvent caricaturale, ce geste vaut manifeste.

Comment sont attribués les trophées

  • Jury pluridisciplinaire (environnement, social, industrie)
  • Analyse des impacts techniques, humains et territoriaux
  • Les lauréats régionaux sont proposés aux Trophées nationaux

Alors, que racontent vraiment ces Trophées Responsible Care® ?

Pas une chimie idéale.

Pas une industrie soudain irréprochable.

Ils racontent une chimie qui accepte de s’exposer. Qui teste, ajuste, parfois hésite. Qui comprend que sa légitimité ne se joue plus seulement sur les marchés, mais aussi dans les territoires, les ateliers, les relations humaines.

Ce soir-là, à la Maison de la Chimie, la chimie n’a pas cherché à parler plus fort.Elle a choisi de parler plus juste.

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