
Entreprises : nouvelles obligations et responsabilités dans la facturation électronique
La réforme de la facturation électronique impose aux entreprises de revoir leurs processus, leurs outils et leur gouvernance financière.
La généralisation de la facturation électronique n’est plus une abstraction réglementaire, mais une transformation opérationnelle imminente, dont les impacts se font déjà sentir dans les entreprises. C’est ce qui est ressorti du petit-déjeuner presse organisé le 7 janvier 2026 par l’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes, à Lyon.
À cette occasion, Damien Cartel, président de l’Ordre régional, Laurence Biboud, vice-présidente, et Nicolas Debiolles, référent facturation électronique, ont dressé un état des lieux sans détour : la réforme est techniquement cadrée, le calendrier est fixé, mais le niveau de préparation des entreprises reste très hétérogène.
La réforme impose, à compter de septembre 2026, l’émission et la réception de factures électroniques au format structuré, transmises via des plateformes certifiées, avec remontée automatique des données de facturation et de paiement à l’administration fiscale. Elle s’accompagne d’une obligation d’e-reporting pour certaines transactions, notamment avec des non-assujettis ou via des systèmes de caisse.
Derrière ces mécanismes, l’objectif de l’État est double : lutter contre une fraude à la TVA encore estimée à 16,7 milliards d’euros en France, et disposer d’une vision quasi temps réel de l’activité économique.
Mais sur le terrain, la réforme est vécue avant tout comme un bouleversement des pratiques internes.
Les experts-comptables soulignent que la facture, longtemps cantonnée à un rôle administratif et souvent traitée en bout de chaîne, devient avec la réforme un flux structurant, tracé de bout en bout.
Avant / après : ce que la réforme change vraiment
Avant : facture PDF envoyée par e-mail, intégration manuelle en comptabilité, contrôles a posteriori.
Après : facture structurée, transmise via plateforme, contrôlée en amont, intégrée automatiquement dans les systèmes comptables et déclaratifs.
Le calendrier de déploiement laisse peu de place à l’improvisation. Dès le 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les ETI devront également émettre dans ce format à cette date.
Les TPE et PME disposeront d’un délai supplémentaire jusqu’au 1er septembre 2027 pour l’émission. Un phasage progressif, mais trompeur, selon les experts-comptables.
Selon les experts-comptables, il serait risqué de croire que l’adaptation à la réforme peut se faire en quelques semaines. La préparation implique choix des outils, tests, formation et alignement des processus sur plusieurs mois.
Plateformes : lever une confusion majeure pour les entreprises
L’un des points les plus sensibles, largement abordé lors du petit-déjeuner presse, concerne la compréhension des plateformes de facturation, souvent perçues comme un ensemble indistinct.
PDP, PPF, opérateurs : qui fait quoi ?
- PDP (Plateforme de Dématérialisation Partenaire) : plateformes privées certifiées par l’État, utilisées par les entreprises pour émettre, recevoir et transmettre les factures.
- PPF (Portail Public de Facturation) : socle public opéré par l’administration fiscale, assurant la centralisation et le contrôle des données.
- Opérateurs de dématérialisation (OD) : intermédiaires techniques non certifiés, qui devront s’appuyer sur une PDP pour être conformes.
Cette distinction, encore mal comprise, est pourtant structurante. Un mauvais choix de plateforme ou une intégration tardive peut entraîner des ruptures de flux, voire un blocage pur et simple de la facturation.
Car les risques sont bien réels. En cas de non-conformité, les entreprises s’exposent à des sanctions financières, mais aussi à des conséquences opérationnelles immédiates : impossibilité d’émettre des factures valides, retards de paiement, tensions avec les clients et fournisseurs, et fragilisation de la trésorerie.
« Une facture non conforme, demain, ce n’est pas seulement un risque fiscal, c’est un risque business », a rappelé les experts.
Au-delà des contraintes, la réforme ouvre néanmoins des opportunités tangibles pour les organisations qui s’en saisissent.
Automatisation des processus, réduction des coûts de traitement, fiabilisation des données, amélioration du suivi des paiements : la facturation électronique devient un outil de pilotage à part entière.
Plusieurs experts-comptables présents ont souligné que les entreprises les plus avancées utilisent déjà ces flux pour mieux anticiper leur trésorerie et fluidifier leurs relations commerciales.
C’est précisément pour transformer cette obligation réglementaire en levier stratégique qu’a été conçu le Forum de la Facturation Électronique, dont les grandes lignes ont été présentées lors du petit-déjeuner presse.
L’événement, organisé le 20 janvier 2026 à Lyon, a réuni plus de 800 professionnels autour de tables rondes et d’ateliers très opérationnels. Les participants sont repartis avec des grilles de lecture concrètes : critères de choix des plateformes, retours d’expérience, points de vigilance techniques, et méthodes pour embarquer les équipes internes.
Plutôt qu’un événement institutionnel, le forum a assumé une approche pragmatique, centrée sur les usages réels et les difficultés rencontrées sur le terrain. Un positionnement salué par les dirigeants présents, dans un contexte où la facturation électronique s’impose désormais comme un marqueur de maturité numérique.
À l’issue des échanges, un constat s’impose : la facturation électronique ne relève plus du simple sujet comptable. Elle engage la gouvernance de l’entreprise, sa capacité d’adaptation et sa relation à l’écosystème économique.
Ceux qui tarderont à s’y préparer s’exposeront à des risques immédiats. Ceux qui l’anticipent disposent, à l’inverse, d’un levier durable de performance et de sécurisation de leur activité.













