Accueil Économie Environnement- DÉVELOPPEMENT DURABLE Filtrabio obtient 415 000 euros de fonds européens pour développer ses purificateurs...

Filtrabio obtient 415 000 euros de fonds européens pour développer ses purificateurs d’eau

Face aux PFAS et aux micropolluants, la PME du Rhône prépare des filtres plus durables et vise 10 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2030.

0
Face aux PFAS, Filtrabio mobilise près d'un million d'euros pour améliorer ses purificateurs d'eau
Face aux PFAS, Filtrabio mobilise près d'un million d'euros pour améliorer ses purificateurs d'eau
Innovation

Un purificateur d’eau peut retenir certaines substances sans être aussi efficace contre d’autres. Pour les fabricants, la difficulté consiste à traiter des polluants aux propriétés chimiques différentes tout en garantissant des performances dans la durée. Un enjeu qui concerne autant la qualité de l’eau consommée que le coût d’utilisation des équipements.

C’est sur ce terrain que Filtrabio, entreprise créée en 2020 à Brindas, entend progresser.

Présidée par Mickaël Ferry, la PME développe des solutions de filtration au point d’usage, conçues et fabriquées en France selon l’entreprise.

Son programme Gen-2, annoncé le 15 octobre 2026, doit aboutir d’ici fin 2028 à une nouvelle génération de purificateurs domestiques et professionnels.

L’objectif dépasse l’amélioration des matériaux filtrants. Filtrabio veut également concevoir des cartouches plus durables, intégrer des fonctions de suivi et préparer leur recyclage. Des développements qui doivent accompagner sa croissance, avec un chiffre d’affaires visé de 10 millions d’euros en 2030.

PFAS dans l'eau, Filtrabio lance un programme de recherche
PFAS dans l’eau, Filtrabio lance un programme de recherche

PFAS et TFA, des défis pour les technologies de filtration

Le projet intervient dans un contexte réglementaire précis. En France, la limite de qualité de 0,1 microgramme par litre pour la somme de 20 PFAS est applicable depuis le 1er janvier 2023.

Leur recherche est devenue obligatoire dans le contrôle sanitaire réalisé par les agences régionales de santé (ARS) à partir de janvier 2026, conformément au calendrier de transposition de la directive européenne 2020/2184, dont l’échéance est fixée au 12 janvier 2026.

Cette surveillance ne couvre cependant pas l’ensemble des substances per- et polyfluoroalkylées. Le TFA, ou acide trifluoroacétique, ne figure pas parmi les 20 PFAS retenus pour ce paramètre réglementaire. Or, les travaux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) ont mis en évidence sa présence fréquente dans les eaux destinées à la consommation humaine.

La difficulté tient notamment aux caractéristiques des molécules.

Les procédés de traitement ne présentent pas tous la même efficacité selon les substances ciblées. Pour les fabricants, cela impose de sélectionner les matériaux adaptés et de vérifier leurs performances dans des conditions représentatives de l’utilisation des équipements.

Filtrabio prévoit ainsi de travailler sur de nouvelles associations de charbons actifs, de résines sélectives et d’autres matériaux adsorbants. Ses recherches porteront sur les PFAS, le TFA, les nitrates et différents micropolluants.

La PME prévoit des prototypes et des essais en laboratoire puis en conditions réelles, avec des partenaires et des sites pilotes régionaux. À ce stade, elle ne communique aucun résultat chiffré permettant d’évaluer l’efficacité de Gen-2 sur les substances visées.

L’enjeu sera donc de démontrer les performances de filtration, mais aussi leur maintien au fil de l’utilisation.

Filtrabio lance Gen-2 pour améliorer la filtration
Filtrabio lance Gen-2 pour améliorer la filtration

Des cartouches plus durables pour maîtriser le coût de filtration

La performance d’un purificateur ne se résume pas aux substances qu’il peut retenir. Elle dépend également de la quantité d’eau traitée avant le remplacement du filtre. Pour un particulier comme pour une entreprise, cette durée d’utilisation détermine une partie du coût d’exploitation.

Filtrabio veut améliorer la longévité et la régularité des performances de ses cartouches en travaillant sur leur architecture interne, la circulation de l’eau et le temps de contact avec les matériaux. L’entreprise prévoit également d’intégrer des capteurs et des fonctions de traçabilité pour suivre l’utilisation des appareils, détecter certaines anomalies et anticiper leur maintenance.

L’intérêt de ces évolutions sera notamment d’adapter l’entretien aux conditions réelles d’utilisation. Mais le suivi électronique ne remplace pas, à lui seul, la mesure de l’efficacité de filtration. La capacité des futurs équipements à signaler le moment approprié pour changer une cartouche devra être évaluée lors des essais.

Le devenir des consommables constitue un autre enjeu.

Filtrabio souhaite concevoir des cartouches démontables et intégralement recyclables. Une ambition qui devra tenir compte de la nature des matériaux et des contaminants retenus. La possibilité de démonter un filtre ne garantit pas, en effet, que tous ses composants puissent être effectivement recyclés dans des filières adaptées.

Pour les utilisateurs, ces questions sont loin d’être secondaires. Comparer des équipements suppose de connaître non seulement les polluants qu’ils traitent, mais aussi leur capacité de filtration, la fréquence d’entretien et le coût des consommables.

Le financement européen, un levier pour l’innovation des PME industrielles

Au-delà du développement de ses purificateurs, Filtrabio bénéficie d’un dispositif européen conçu pour accompagner la transformation économique des territoires industriels.

Le Fonds pour une transition juste (FTJ) intervient dans les régions confrontées aux conséquences de la transition vers une économie neutre en carbone. Il peut notamment financer des projets de recherche et développement contribuant à leur diversification.

Dans le Rhône et l’Isère, la Région Auvergne-Rhône-Alpes gère une enveloppe de 77 millions d’euros pour la programmation 2021-2027.

 « Nous faisons des fonds européens un levier concret pour soutenir l’innovation, renforcer notre tissu industriel et développer l’emploi dans nos territoires.

En accompagnant Filtrabio, PME implantée dans le Rhône, nous soutenons le développement de technologies qui répondent à un enjeu essentiel : améliorer le traitement de l’eau face aux polluants émergents.

Ce projet illustre la volonté de la Région d’aider ses entreprises à transformer leur savoir-faire en solutions industrielles d’avenir », souligne Nicolas Daragon, 1er Vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes en charge des finances, de l’administration générale, des ressources humaines et des fonds européens

Selon les chiffres qu’elle communique en octobre 2026, 45 projets bénéficient d’un soutien européen totalisant 70 millions d’euros.

Filtrabio s’inscrit dans cette politique de financement, avec une aide couvrant près de 45 % de son programme Gen-2.

Pour une PME, l’intérêt de ce type de soutien tient notamment au calendrier de l’innovation. Les dépenses de recherche précèdent les éventuelles recettes commerciales, parfois de plusieurs années. Le financement public permet de partager une partie de ce risque, sans garantir pour autant la réussite industrielle du projet.

« Pour une PME comme Filtrabio, ce soutien de l’Union européenne et l’accompagnement de la Région Auvergne-Rhône-Alpes constituent un véritable levier pour dynamiser l’innovation, développer de nouvelles compétences et préparer plus rapidement en France les futures générations de nos produits », explique Mickaël Ferry, président de l’entreprise.

Le programme prévoit trois créations d’emplois et le maintien dans le Rhône des activités de recherche, de conception et de mise au point. Il a également bénéficié de l’accompagnement du pôle de compétitivité AXELERA, qui lui a attribué son label REGEN après une évaluation portant notamment sur son contenu technologique, ses impacts environnementaux et sociétaux ainsi que ses perspectives économiques.

Cette articulation entre financement européen, recherche privée et ancrage territorial illustre l’un des enjeux de la politique industrielle européenne : favoriser le développement de nouvelles activités économiques dans les territoires concernés par la transition, plutôt que limiter les interventions publiques à l’adaptation des industries existantes.

Mickael Ferry, Fondateur de FILTRABIO, Sas GAIA, Kostia Steckmeyer directeur recherche et développement et co-fondateur de Filtrabio
Mickael Ferry, Fondateur de FILTRABIO, Sas GAIA, Kostia Steckmeyer directeur recherche et développement et co-fondateur de Filtrabio

Pour Filtrabio, la question sera ensuite celle du passage de la recherche au marché. L’entreprise affiche une ambition de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2030, sans communiquer son niveau d’activité actuel. Cette absence de référence ne permet pas d’apprécier la croissance nécessaire pour atteindre cet objectif.

À l’échelle nationale, le développement des solutions de filtration au point d’usage soulève par ailleurs une question distincte de celle du traitement collectif de l’eau. Jusqu’où les consommateurs et les entreprises seront-ils prêts à financer une filtration complémentaire à celle assurée par les réseaux publics ? La réponse dépendra notamment des besoins identifiés, des performances vérifiées des équipements et de leur coût total d’utilisation.

C’est l’un des enjeux économiques du secteur : l’attention croissante portée aux micropolluants peut ouvrir des perspectives aux fabricants, mais elle ne constitue pas, à elle seule, la preuve de l’existence d’un marché suffisamment important pour soutenir leurs ambitions de croissance.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Let us know you are human: