
Face à des vagues de chaleur plus fréquentes, à des épisodes de pluies plus intenses et à une pression croissante sur la ressource en eau, une conviction s’impose progressivement chez les acteurs de l’aménagement : adapter les villes ne consiste plus seulement à construire autrement demain, mais aussi à transformer ce qui existe déjà.
C’est notamment l’un des enseignements des travaux du Cerema sur la gestion durable des eaux pluviales. L’établissement public souligne que cette adaptation passe « aussi et surtout » par des interventions sur la ville existante, à travers la désimperméabilisation des sols, la restauration du cycle naturel de l’eau ou encore la végétalisation des espaces déjà urbanisés.
C’est dans ce contexte que s’inscrit Qui Veut Rafraîchir Sa Ville ?®, une SAS à mission créée à Lyon en décembre 2023.
Quelques mois après son lancement, elle fait partie des 25 entreprises retenues dans la promotion 2026 de Greentech Innovation, le programme porté par l’Ecolab, le laboratoire d’innovation du Commissariat général au développement durable (CGDD), qui accompagne chaque année une sélection de jeunes entreprises développant des solutions pour la transition écologique.
Miser sur le foncier privé plutôt que sur les seuls nouveaux quartiers
L’entreprise ne part pas d’une innovation technologique, mais d’un constat. Les opérations d’aménagement renouvellent chaque année une part limitée du tissu urbain.
Pour Qui Veut Rafraîchir Sa Ville ?®, attendre uniquement ces projets pour adapter les villes reviendrait donc à agir trop lentement face à l’accélération du changement climatique.
Son raisonnement consiste à déplacer le regard vers les espaces déjà aménagés et, plus particulièrement, vers le foncier privé.
Selon les analyses réalisées par l’entreprise, celui-ci représenterait environ 80 % de la superficie des agglomérations.
Ce chiffre, comme les autres indicateurs présentés par la société, est issu de sa propre méthodologie d’analyse.
L’idée est de faire de chaque parcelle un support potentiel d’adaptation climatique, en complément des actions conduites par les collectivités sur les espaces publics.

Une méthode qui associe l’eau et le végétal
Pour traduire cette approche sur le terrain, Qui Veut Rafraîchir Sa Ville ?® a développé une méthode baptisée Aquapuncture®.
Le principe est de récupérer les eaux de pluie provenant des surfaces imperméabilisées, de les infiltrer directement dans le sol plutôt que de les diriger vers les réseaux d’assainissement, puis de s’appuyer sur cette ressource pour développer une végétation composée d’arbres, d’arbustes et de plantes de couverture.
À l’échelle d’une parcelle, l’objectif est de limiter le ruissellement, d’améliorer le confort thermique, de favoriser la biodiversité et de renforcer la présence du végétal.
Chaque intervention reste volontairement limitée. C’est leur multiplication qui constitue le cœur du projet. Déployées progressivement sur un territoire, elles doivent contribuer, selon l’entreprise, à constituer une infrastructure verte capable d’améliorer la résilience du tissu urbain.
Cartographier les parcelles avant d’intervenir
Reste une question essentielle : comment identifier rapidement les sites présentant le plus fort potentiel d’aménagement ?
Cette problématique n’est pas propre à l’entreprise. Le Cerema développe lui aussi des outils de cartographie destinés à aider les collectivités à repérer et hiérarchiser les secteurs présentant un potentiel de renaturation, tout en rappelant que ces analyses constituent une aide à la décision et doivent ensuite être confrontées aux réalités du terrain.
Qui Veut Rafraîchir Sa Ville ?® applique cette logique au foncier privé.
L’entreprise a développé une plateforme capable d’analyser des photographies aériennes afin d’identifier automatiquement les parcelles susceptibles d’accueillir ces aménagements.
Chaque terrain reçoit un indice de faisabilité intégrant notamment les possibilités d’infiltration des eaux pluviales et de végétalisation.
L’objectif est de passer d’un diagnostic réalisé parcelle par parcelle à une première analyse automatisée portant sur des dizaines de milliers de sites.
Selon cette méthodologie, environ 70 % des parcelles urbaines existantes seraient compatibles avec cette approche et près de 1,2 million de sites économiques présenteraient un potentiel d’intervention.
Ces estimations sont produites à partir des outils développés par l’entreprise et devront être confrontées aux résultats des projets déployés sur le terrain.
Le premier marché visé est celui du foncier économique
L’enjeu est désormais de transformer cette méthode en solution déployable à grande échelle.
Qui Veut Rafraîchir Sa Ville ?® cible en priorité le foncier économique :
- zones d’activités,
- plateformes logistiques,
- sites industriels,
- établissements recevant du public et grands parkings.
Ce choix intervient dans un contexte où les exigences réglementaires évoluent. Les lois Climat et Résilience ainsi que la loi APER renforcent progressivement les obligations d’ombrage de certains parkings et encouragent le recours à des solutions végétales, photovoltaïques ou mixtes.
L’entreprise estime que son approche peut répondre à ces nouvelles attentes en combinant gestion des eaux pluviales, végétalisation et adaptation climatique.
À ce stade, le coût moyen des aménagements et le modèle économique de la solution ne sont pas précisés. Deux éléments seront déterminants pour apprécier les conditions de diffusion de cette approche auprès des propriétaires privés.
De la reconnaissance institutionnelle à l’épreuve du terrain
Pour cette jeune entreprise, la sélection au sein de Greentech Innovation constitue une étape importante.
Au-delà de la visibilité qu’apporte le label, le programme permet aux lauréats de bénéficier d’un accompagnement et d’un réseau destinés à favoriser leur développement.
La suite se jouera désormais sur le terrain.
L’enjeu ne sera plus seulement de démontrer la pertinence technique de la méthode, mais sa capacité à convaincre un nombre significatif de propriétaires privés d’engager des aménagements et à produire des résultats mesurables à grande échelle.
Au fond, Qui Veut Rafraîchir Sa Ville ?® ne propose pas seulement une nouvelle méthode d’aménagement. L’entreprise défend une autre manière d’aborder l’adaptation climatique : considérer que le foncier privé peut devenir un complément des politiques publiques.
Si cette démonstration est faite, elle pourrait contribuer à faire évoluer la manière dont les territoires envisagent la transformation de leur patrimoine urbain face au changement climatique.



















