
Baromètre EY attractivité 2026 — ce que révèlent les chiffres pour Lyon et la région Auvergne-Rhône-Alpes
L’attractivité de l’Auvergne-Rhône-Alpes résiste au recul européen — mais jusqu’où
Présentés ce jeudi 4 juin à Lyon par Lyon Place Financière, les résultats du Baromètre de l’Attractivité du territoire 2026 confirment la solidité de l’Auvergne-Rhône-Alpes dans la compétition internationale.
Première région industrielle française et quatrième région européenne pour les investissements étrangers, elle résiste mieux que la moyenne nationale dans un contexte de ralentissement généralisé des flux internationaux.
Derrière ces résultats, les acteurs de l’attractivité observent toutefois une évolution du contexte économique :
- moins de projets,
- davantage d’exigence,
- des financements plus difficiles à mobiliser et une importance croissante accordée à la qualité des écosystèmes locaux.

Une région qui résiste dans un contexte européen plus difficile
Le ralentissement des investissements internationaux constitue l’un des principaux enseignements du Baromètre EY 2026.

La France demeure le premier pays européen pour l’accueil des investissements directs étrangers (IDE), avec 852 projets recensés en 2025, mais enregistre une baisse de 17 % par rapport à l’année précédente.
Ce résultat illustre l’un des principaux paradoxes du baromètre.
La France conserve sa première place européenne tout en voyant son nombre de projets reculer sensiblement.
Dans le même temps, les principaux pays concurrents, notamment le Royaume-Uni et l’Allemagne, demeurent eux aussi confrontés à un ralentissement des investissements internationaux.
L’enjeu n’est donc plus seulement de conserver son rang, mais de maintenir sa capacité à attirer les projets les plus stratégiques dans un environnement devenu plus concurrentiel.
Dans ce contexte, l’Auvergne-Rhône-Alpes affiche une résistance supérieure à la moyenne nationale.

Selon EY, la région a accueilli 137 projets d’investissements étrangers en 2025, ce qui lui permet de conserver sa deuxième place en France derrière l’Île-de-France et de se classer au quatrième rang européen, derrière le Grand Londres, l’Île-de-France et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Cette performance correspond à un recul limité à 6 % par rapport à 2024, nettement inférieur à celui observé au niveau national.
Cette résilience intervient alors que les investissements étrangers reculent dans une grande partie de l’Europe sous l’effet d’un environnement marqué par les incertitudes géopolitiques, énergétiques et commerciales.

Première région industrielle française, deuxième en Europe
L’un des points les plus marquants du baromètre concerne la dimension industrielle de l’attractivité régionale.
Avec 63 projets industriels recensés en 2025, l’Auvergne-Rhône-Alpes demeure la première région industrielle française et conserve sa place de deuxième région industrielle européenne, derrière Marmara Est en Turquie.
Lors de la présentation, Fabrice Reynaud, Partner EY, a également été souligné qu’une part importante des investissements prenait désormais la forme d’extensions de sites existants plutôt que de nouvelles implantations.
Cette évolution traduit la confiance renouvelée d’entreprises déjà présentes sur le territoire et contribue au renforcement du tissu industriel régional.

Moins de projets, mais beaucoup plus d’emplois
Autre enseignement majeur du baromètre : la progression spectaculaire du nombre d’emplois associés aux investissements étrangers.
Malgré le léger recul du nombre de projets, les créations d’emplois plus que doublent (+111 %) par rapport à l’année précédente. Ce décalage entre volume de projets et volume d’emplois constitue l’un des messages majeurs du baromètre : les investissements annoncés en 2025 apparaissent en moyenne plus importants et plus intensifs en emplois que ceux observés un an plus tôt.
Cette progression est notamment portée par plusieurs opérations d’envergure.
- Amazon a annoncé un investissement de 200 millions d’euros à Colombier-Saugnieu accompagné de la création d’environ 3 000 emplois.
- Iveco Bus prévoit de son côté 430 emplois dans le cadre d’un programme industriel de 100 millions d’euros consacré à sa future génération d’autobus et de batteries.
Le Baromètre EY mentionne également l’installation du siège français d’Odoo à Lyon, avec 100 emplois annoncés à court terme.

L’intelligence artificielle et la R&D, nouveaux marqueurs de l’attractivité
Au-delà des volumes d’investissement, EY souligne l’importance croissante des activités à forte valeur ajoutée dans la compétition internationale.
La France demeure ainsi la première destination européenne pour les investissements liés à l’intelligence artificielle, devant le Royaume-Uni.

La France conserve également sa position de leader européen pour l’accueil des activités de recherche et développement.
Toutefois, le nombre de projets de R&D recule fortement à l’échelle continentale, un signal que plusieurs observateurs considèrent comme stratégique pour la croissance future.
Pour les territoires, la question n’est donc plus uniquement d’attirer l’innovation, mais de transformer ces dynamiques technologiques en implantations durables, centres de décision, capacités de recherche et projets industriels.

Les États-Unis deviennent le premier investisseur étranger
Avec 26 projets recensés en 2025, les États-Unis deviennent le premier investisseur étranger dans la région, devant l’Allemagne (19 projets).
- L’Italie (17 projets),
- la Belgique (10 projets)
- et le Japon (8 projets) figurent également parmi les principaux pays investisseurs.
La Chine demeure plus en retrait avec 7 projets recensés en Auvergne-Rhône-Alpes. Lors de la conférence, Fabrice Reynaud a souligné que certaines grandes régions industrielles européennes attiraient un volume nettement supérieur d’investissements chinois. La seule Rhénanie-du-Nord-Westphalie en accueille ainsi 44.

Lyon reste la métropole régionale la plus visible aux yeux des investisseurs
L’attractivité de la région s’appuie largement sur le rayonnement de sa métropole.
Dans l’enquête menée par EY auprès de 200 dirigeants internationaux, Lyon apparaît comme la métropole régionale française la plus souvent citée lorsqu’il s’agit d’identifier les territoires les mieux placés pour concurrencer Paris dans les prochaines années.

Cette perception s’explique par plusieurs atouts clairement identifiés par les investisseurs.
Cette hiérarchie est particulièrement révélatrice : les investisseurs valorisent davantage la
- qualité intrinsèque du territoire —
- écosystème d’innovation,
- infrastructures,
- tissu industriel et compétences — que les dispositifs d’aide ou d’incitation.
Un constat qui rejoint directement les analyses développées lors de la conférence.

Un ralentissement déjà perceptible pour les projets à venir
Si les résultats 2025 demeurent solides, les signaux avancés observés par les équipes de prospection apparaissent plus contrastés.
Les marques d’intérêt se raréfient, les projets qualifiés sont moins nombreux et les décisions d’investissement prennent davantage de temps.
L’agence ONLYLYON Invest soulignent également des difficultés persistantes de concrétisation des implantations, même lorsque l’intérêt initial des investisseurs est confirmé.
Plusieurs filières industrielles sont confrontées à un environnement plus complexe. Les intervenants ont notamment évoqué les difficultés rencontrées par certaines activités de la chimie, de l’automobile ou encore plusieurs projets liés à l’hydrogène.

ONLYLYON Invest 2026
« From volume to value » : un changement de paradigme
Face à cette évolution du contexte, ONLYLYON Invest défend désormais une approche résumée par une formule : « From volume to value ».
Bertrand Foucher a précisé que cette évolution n’était pas propre à la région lyonnaise. Elle est désormais partagée par de nombreuses agences européennes de développement économique confrontées aux mêmes transformations du contexte international.

Les trois piliers de l’attractivité de demain
1- La robustesse des filières
Les acteurs de l’attractivité observent des évolutions contrastées selon les secteurs.
Certaines filières reculent, notamment la chimie-environnement (-12 %) et l’automobile (-19 %).
À l’inverse, plusieurs domaines affichent une forte progression :
- l’intelligence artificielle (+26 %),
- la défense (+100 %)
- et les activités liées à l’énergie décarbonée (+20 %).
Pour ONLYLYON Invest, la capacité d’un territoire à disposer de chaînes de valeur complètes et cohérentes devient un facteur déterminant d’attractivité et de résilience.

2- La force des écosystèmes
« L’incertitude est compensée par la force des écosystèmes », a résumé le directeur général et CEO de ONLYLYON & CO.
Les investisseurs recherchent désormais des territoires capables de réunir dans un même environnement entreprises, fournisseurs, centres de recherche, universités et partenaires industriels.
Dans cette logique, les lieux dédiés à l’innovation et les coopérations entre acteurs économiques, académiques et scientifiques deviennent des éléments essentiels de différenciation.

3- La disponibilité du financement
Le financement apparaît comme l’un des principaux points de vigilance.
ONLYLYON Invest a indiqué avoir recensé 640 millions d’euros de besoins de financement exprimés par 78 projets en portefeuille, tandis que ses indicateurs annuels font apparaître 510 millions d’euros de besoins de financement associés aux projets finalisés en 2025.
Au-delà de la seule question de l’attractivité, ces chiffres mettent en lumière un enjeu plus large de financement de la croissance et de la réindustrialisation.
Alors que les projets industriels et technologiques nécessitent des volumes de capitaux de plus en plus importants, Prisca Dalle et la team ONLYLYON Invest ont souligné la concentration persistante des investisseurs sur la place parisienne et les difficultés rencontrées pour financer certaines phases d’industrialisation.
Selon leurs estimations, entre 95 % et 98 % des investisseurs en capital demeuraient localisés en Île-de-France, illustrant la forte concentration du capital-investissement sur la place parisienne.

ONLYLYON Invest revendique 59 investissements accompagnés
Au-delà des données du Baromètre EY, ONLYLYON Invest a présenté son propre bilan d’activité.
Ces indicateurs reposent sur un périmètre distinct de celui du Baromètre EY et reflètent directement l’activité d’accompagnement menée auprès des entreprises françaises et internationales.
Selon l’agence chargée du programme d’attractivité économique de la région lyonnaise, les projets suivis mobilisent des montants d’investissement plus importants, nécessitent davantage de financement et s’inscrivent dans des cycles de décision plus longs qu’auparavant.

Odoo, illustration concrète des nouveaux critères d’implantation
Le témoignage de Joséphine Vander Linder, directrice générale d’Odoo France, a illustré de manière concrète les critères qui pèsent désormais dans les décisions d’implantation.
L’éditeur belge de logiciels de gestion, présent dans plus de 80 pays et fort de 7 500 collaborateurs dans le monde, a récemment choisi Lyon pour établir son siège français.
L’entreprise a mis en avant plusieurs facteurs :
- le vivier de talents,
- la capacité de recrutement,
- la qualité de l’environnement économique local,
- la disponibilité de surfaces immobilières adaptées à sa croissance
- ainsi que la position géographique de Lyon pour rayonner sur l’ensemble du marché français.

ONLYLYON Invest a également accompagné l’entreprise dans sa recherche de locaux, sa compréhension du marché de l’emploi français et son intégration dans l’écosystème numérique régional.
Si le Baromètre EY évoque 100 emplois à court terme, l’entreprise a indiqué lors de la conférence ambitionner un développement pouvant atteindre jusqu’à 800 emplois à horizon trois à cinq ans.

Une attractivité qui entre dans une nouvelle phase
Le Baromètre EY 2026 confirme la solidité du positionnement de l’Auvergne-Rhône-Alpes dans la compétition européenne pour les investissements internationaux.
Première région industrielle française, quatrième région européenne en nombre de projets et deuxième région européenne pour les investissements industriels, elle conserve des fondamentaux solides malgré le ralentissement observé à l’échelle continentale.

Ces résultats reposent toutefois sur des projets annoncés ou confirmés en 2025. Plusieurs intervenants, lors de la conférence, ont souligné l’allongement des délais de décision et les difficultés croissantes à concrétiser certains dossiers industriels.
La compétitivité des territoires se joue désormais moins sur le nombre de projets accueillis que sur la qualité des filières, la solidité des écosystèmes, la capacité à financer l’innovation et l’ancrage durable des activités dans l’économie locale.




















