Le spectacle s’ouvre sur une image saisissante. Au-dessus de Vimala Pons flotte un satellite, bientôt devenu une masse qui semble l’écraser.
En quelques instants, Honda Romance pose son langage : ici, les idées ne s’expliquent pas, elles prennent corps. Ce premier tableau annonce une création qui préfère les images aux démonstrations et les sensations au récit.
Présentée en juin à la Maison de la Danse, cette nouvelle pièce de Vimala Pons réunit dix interprètes dans une forme hybride où théâtre, danse, cirque, chant et performance s’entremêlent sans jamais chercher à s’effacer les uns derrière les autres.
L’artiste poursuit le travail qu’elle développe depuis plusieurs années, mais en lui donnant une ampleur nouvelle grâce à la force du collectif.

La progression du spectacle repose moins sur une intrigue que sur une succession de grandes intuitions visuelles. Après le satellite viennent les canons à air, auxquels Vimala Pons se confronte dans une séquence physique où chaque rafale semble matérialiser les secousses émotionnelles qui traversent nos existences.
Plus loin, un chœur de neuf interprètes la rejoint dans une marche répétitive, faite d’innombrables allers-retours. Ce mouvement obstiné finit par devenir une forme de résistance, presque un acte de résilience face au vacarme du monde.
Cette écriture scénique trouve un prolongement naturel dans la musique de Rebeka Warrior et de Tsirihaka Harrivel. Bien plus qu’un accompagnement, elle donne son impulsion au spectacle.

Les pulsations électroniques, les respirations plus calmes et les ruptures de rythme construisent un dialogue permanent avec les corps. Les interprètes ne suivent pas la musique ; ils semblent parfois la prolonger, parfois lui résister.
Au fil des tableaux, Honda Romance évoque des thèmes contemporains sans jamais les transformer en discours.

Les émotions, la surcharge d’informations, les relations humaines ou encore la place des technologies affleurent, mais restent volontairement ouverts à l’interprétation.
Vimala Pons ne cherche pas à délivrer un message. Elle préfère créer un espace où chacun est libre d’établir ses propres correspondances.
C’est aussi ce qui explique les réactions contrastées suscitées par la pièce. Beaucoup saluent la puissance plastique de ses images et l’engagement remarquable des interprètes. D’autres soulignent que cette accumulation de symboles peut parfois laisser le spectateur à distance.
À mesure que les tableaux se succèdent, le fil qui relie les différentes intuitions apparaît moins évident, au risque de transformer la richesse des propositions en une forme de dispersion.

Cette ambiguïté n’est pourtant pas étrangère au projet de Vimala Pons. Son spectacle semble accepter de perdre momentanément son public pour privilégier l’expérience sensible.
Les émotions ne sont pas organisées selon une logique narrative ; elles surgissent, se heurtent, disparaissent et reviennent, comme dans la vie elle-même.
Cette liberté constitue sans doute la principale qualité de Honda Romance, mais aussi ce qui peut déconcerter ceux qui attendent une construction plus lisible.

À la sortie, il reste moins une histoire qu’une série d’images persistantes : un satellite suspendu au-dessus d’un corps, des souffles qui bousculent les équilibres, une marche obstinée portée par un groupe. Ces visions continuent de résonner bien après le rideau final.
Qu’on adhère pleinement à la proposition ou qu’on reste en partie à son seuil, Honda Romance laisse l’impression d’une œuvre qui assume de faire de l’incertitude son véritable terrain d’expression.























