
La CPME tourne une nouvelle page de son histoire. Réunie à Paris le 24 juin, l’organisation patronale représentative des TPE, PME, artisans, commerçants et indépendants a officialisé son changement de nom pour devenir Les Entrepreneurs.
L’évolution dépasse le cadre d’une simple refonte d’identité. Elle traduit une volonté de repositionnement dans un contexte où les questions de compétitivité, de croissance, de financement du modèle social et de souveraineté économique occupent une place croissante dans le débat public.
Le changement repose sur un constat formulé par ses dirigeants : la référence aux seules PME ne refléterait plus pleinement le périmètre déjà couvert par l’organisation.
Celle-ci entend désormais mettre davantage en avant une représentation qui s’étend des TPE et PME aux entreprises familiales, aux entreprises en croissance, aux indépendants et aux acteurs de l’économie sociale et solidaire.
Derrière cette formule se dessine une évolution du discours porté par l’organisation.
La référence à la taille des entreprises cède progressivement la place à la figure de l’entrepreneur, présenté comme celui qui prend des risques, investit, recrute et assume la responsabilité de son activité.
Cette approche permet de fédérer sous une même bannière des réalités économiques diverses tout en conservant l’ancrage historique de l’organisation dans les entreprises à taille humaine.
Un enjeu de visibilité
Le changement intervient également dans un contexte de concurrence accrue entre organisations patronales.
Malgré son implantation territoriale et son poids dans les négociations sociales, la nouvelle appellation répond à un objectif clairement assumé par ses dirigeants :
- rendre l’organisation plus lisible,
- plus identifiable
- et plus immédiatement compréhensible.
L’organisation met en avant un réseau de 120 fédérations professionnelles, 117 unions territoriales et 13 unions régionales.
Cette présence sur le terrain constitue l’un de ses principaux atouts, mais elle nourrit désormais l’ambition d’une influence plus visible sur la scène nationale.
Le choix du nouveau nom répond en partie à cette recherche de lisibilité. Il vise à rendre plus explicite l’identité du réseau et le public qu’il entend représenter.
Une séquence politique en ligne de mire
Le calendrier de cette transformation n’est pas anodin. Dans son discours, Amir Reza-Tofighi inscrit explicitement cette évolution dans la perspective des débats économiques qui accompagneront la prochaine élection présidentielle.
Il estime que le modèle économique et social français est arrivé à un point de tension qui appelle des rééquilibrages en matière de croissance, de financement social, de compétitivité et de travail.
L’objectif affiché est de renforcer la capacité de l’organisation à produire des propositions et à intervenir plus en amont des décisions publiques.
Dans cette perspective, Les Entrepreneurs annoncent la création d’une « Fabrique des Entrepreneurs », destinée à formuler des propositions à partir des remontées du terrain et à nourrir les débats économiques à venir. Une plateforme participative dédiée aux idées de simplification administrative doit également être lancée à la rentrée.
Cette orientation marque une évolution significative. Historiquement concentrée sur la représentation des PME dans les négociations sociales et les concertations économiques, l’organisation cherche désormais à renforcer sa capacité d’initiative dans le débat public.
Modernisation interne et élargissement du réseau
Cette stratégie s’accompagne d’une transformation interne engagée depuis l’arrivée d’Amir Reza-Tofighi à la présidence.
Plusieurs chantiers ont été lancés afin de moderniser le fonctionnement du réseau :
- développement d’une plateforme numérique destinée aux adhérents et aux mandataires,
- mutualisation d’outils,
- création de nouvelles directions
- et renforcement des fonctions d’appui aux fédérations et aux territoires.
Parallèlement, Les Entrepreneurs souhaitent élargir leur base de représentation. Le discours présidentiel insiste sur la nécessité d’attirer davantage de dirigeants aujourd’hui éloignés des structures patronales et de poursuivre l’intégration de nouvelles fédérations professionnelles.
L’enjeu est central : dans un paysage patronal où la légitimité repose en grande partie sur la représentativité, l’élargissement du réseau constitue un levier d’influence autant qu’un objectif de développement.
Le renforcement de la coordination des mandats, l’accompagnement de la prise de parole des entrepreneurs et une présence accrue dans les médias figurent également parmi les priorités affichées.
Pour illustrer cette volonté d’influence renforcée, l’organisation met également en avant plusieurs résultats obtenus ces derniers mois. Parmi eux figurent l’adoption du « Test Entreprise », destiné à évaluer l’impact des nouvelles réglementations sur les entreprises, les évolutions obtenues sur le reporting extra-financier européen ou encore un accord national interprofessionnel comportant des mesures sur les ruptures conventionnelles, dont son président estime qu’elles pourraient générer à terme près d’un milliard d’euros d’économies annuelles pour l’assurance chômage.
L’Europe comme nouveau terrain d’action
La dimension européenne occupe une place croissante dans la stratégie présentée par la nouvelle équipe dirigeante.
Face à la concurrence internationale et à l’importance grandissante de la réglementation européenne dans la vie des entreprises, Les Entrepreneurs entendent renforcer leur présence à Bruxelles.
Leur président plaide pour davantage de simplification réglementaire, une concurrence jugée plus équitable et une meilleure prise en compte des enjeux de compétitivité.
Cette orientation reflète une évolution plus large du rôle des organisations patronales, confrontées à un déplacement progressif du centre de décision économique vers les institutions européennes.
Un changement de nom qui devra faire ses preuves
Reste la question de l’efficacité de ce repositionnement. Plus simple et plus immédiatement compréhensible, le nouveau nom apparaît aussi plus générique que celui qu’il remplace.
En abandonnant la référence explicite aux PME, l’organisation élargit son périmètre symbolique mais s’expose aussi au défi de préserver la spécificité qui a longtemps constitué sa marque distinctive dans le paysage patronal français.
Son succès se mesurera moins à l’adoption d’une nouvelle identité qu’à la capacité des Entrepreneurs à transformer ce changement de marque en influence réelle sur les grands choix économiques des années à venir.























Changer de nom n’est jamais anodin pour une organisation patronale : passer de la CPME à « Les Entrepreneurs » traduit clairement une volonté d’élargir le périmètre et de gagner en lisibilité dans le débat public.
Au-delà du branding, l’enjeu est surtout stratégique : réussir à faire exister une voix plus unifiée des TPE/PME, indépendants et entreprises de terrain dans un paysage institutionnel et européen de plus en plus complexe.
Reste une question clé : cette nouvelle identité renforcera-t-elle réellement le poids dans les décisions publiques, ou risque-t-elle de diluer une spécificité historiquement bien identifiée ?
La réponse viendra moins du nom que de la capacité à produire des propositions concrètes et à les faire entendre.