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Sanofi appelle l’Europe à transformer son excellence scientifique en puissance industrielle

Audrey Duval (Sanofi) explique comment l'Europe peine à transformer ses découvertes pharmaceutiques en investissements, en capacités industrielles et en traitements accessibles.

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Audrey Duval, Vice-Présidente Exécutive, Affaires Corporate
Audrey Duval, Vice-Présidente Exécutive, Affaires Corporate
Analyse discours Audre Duval

L‘Europe sait découvrir des médicaments. Sait-elle encore les transformer en puissance industrielle ? Les biotechnologies, l’intelligence artificielle et les thérapies de nouvelle génération ouvrent une nouvelle séquence pour l’industrie pharmaceutique.

Pourtant, derrière cette accélération scientifique, mettre au point un médicament reste un processus long, coûteux et profondément incertain.

C’est ce paradoxe qu’Audrey Duval a placé au cœur de son intervention devant les entrepreneurs présents au Chinese Business Club à Paris.

Audrey Duval, vice-présidente exécutive Corporate Affairs de Sanofi, analyse les défis de l'Europe pour renforcer son industrie pharmaceutique face aux États-Unis et à la Chine
Audrey Duval, vice-présidente exécutive Corporate Affairs de Sanofi, analyse les défis de l’Europe pour renforcer son industrie pharmaceutique face aux États-Unis et à la Chine

Pour la vice-présidente exécutive Corporate Affairs de Sanofi, l’industrie pharmaceutique entre dans une nouvelle ère technologique sans que les fondamentaux de son économie aient réellement changé.

« On est vraiment dans une nouvelle ère technologique, une vraie révolution. »

Cette révolution ne fait pas disparaître les contraintes économiques propres au secteur. Mettre au point un médicament demande près de dix ans, environ neuf molécules sur dix échouent avant leur commercialisation et le coût de développement d’un traitement innovant atteint désormais deux à trois milliards d’euros.

L’intelligence artificielle accélère certaines étapes de la recherche, mais elle ne dispense ni des essais cliniques ni des démonstrations d’efficacité et de sécurité exigées avant toute mise sur le marché.

Les outils évoluent plus vite que l’économie du médicament. Une découverte peut aujourd’hui être facilitée par les technologies numériques ; son développement reste soumis au temps de la preuve scientifique, des essais cliniques et de l’évaluation réglementaire.

Pour l’Europe, l’enjeu n’est donc plus seulement d’inventer les traitements de demain. Il est de transformer ses découvertes en investissements, en capacités industrielles et en innovations accessibles aux patients.

Audrey Duval, Vice-Présidente Exécutive, Affaires Corporate
Audrey Duval, Vice-Présidente Exécutive, Affaires Corporate

L’Europe affronte une nouvelle compétition mondiale de l’innovation pharmaceutique

Cette révolution intervient alors que la géographie mondiale de l’innovation pharmaceutique évolue rapidement.

Les États-Unis demeurent le premier marché mondial du médicament et concentrent une large part des investissements privés dans les biotechnologies.

Pour Sanofi, ils représentent environ la moitié du chiffre d’affaires du groupe. Cette position repose autant sur la taille du marché que sur la profondeur de ses marchés financiers, capables d’accompagner des projets particulièrement risqués pendant plusieurs années.

Mais, aux yeux d’Audrey Duval, le mouvement le plus spectaculaire vient de Chine.

Elle évoque un « tsunami d’innovation » et estime qu’à l’horizon 2030, entre un tiers et 40 % des molécules innovantes pourraient être issues d’entreprises chinoises.

Cette projection relève de l’analyse présentée par Audrey Duval. Une tendance est en revanche largement documentée : la Chine investit massivement dans les biotechnologies et développe rapidement ses capacités scientifiques et industrielles.

Cette montée en puissance modifie progressivement les lieux où se concentrent les financements, les essais cliniques, les compétences et les futures implantations industrielles.

Pour les groupes pharmaceutiques, elle redessine également la carte des partenariats et des acquisitions.

Audrey Duval appelle l'Europe à transformer son excellence scientifique en puissance industrielle
Audrey Duval appelle l’Europe à transformer son excellence scientifique en puissance industrielle

L’Europe ne perd pas sa science, mais peine à capter sa valeur

Face à cette accélération, Audrey Duval estime que la principale fragilité européenne ne réside pas dans la qualité de sa recherche, mais dans sa capacité à conserver sur son territoire la valeur créée par ses découvertes.

L’Europe dispose toujours

  • d’universités reconnues,
  • de centres hospitaliers de premier plan
  • et d’équipes scientifiques parmi les plus performantes au monde.

Une partie de cette valeur est toutefois captée hors d’Europe lorsque le développement clinique, le financement ou la commercialisation des innovations migrent vers d’autres écosystèmes.

Elle cite un indicateur révélateur : il y a une dizaine d’années, l’Europe accueillait environ 22 % des essais cliniques mondiaux.

Cette part serait aujourd’hui tombée à 12 %. Or ces essais ne constituent pas seulement une étape réglementaire. Ils attirent les investissements, les compétences, les données de santé et préparent souvent de futures implantations industrielles.

La puissance pharmaceutique ne se mesure plus uniquement au nombre de laboratoires ou d’usines. Elle dépend aussi de la maîtrise des brevets, des plateformes technologiques, des données de santé et des étapes où se crée la valeur.

Le défi européen consiste désormais à créer les conditions permettant aux innovations issues de sa recherche de poursuivre leur développement sur son territoire.

LELOLUCE avec Audrey Duval
LELOLUCE avec Audrey Duval

L’accès au marché, le véritable défi européen

Faire émerger une innovation ne suffit pas. Encore faut-il qu’elle parvienne jusqu’au patient.

C’est à ce stade qu’apparaît, selon Audrey Duval, l’une des principales fragilités européennes.

L’autorisation de mise sur le marché délivrée au niveau européen ne signifie pas qu’un médicament est immédiatement disponible dans l’ensemble des États membres. Chaque pays conserve ses propres procédures d’évaluation, de fixation des prix et de remboursement.

D’après elle, environ un médicament innovant sur deux autorisé au niveau européen ne serait pas effectivement disponible pour les patients dans les différents États membres.

Cette organisation répond à la logique des systèmes nationaux de santé. Pour les États, elle permet de maîtriser les dépenses publiques et de négocier les conditions de remboursement.

Pour les industriels, elle ralentit la diffusion des innovations et rend les calendriers plus difficiles à anticiper.

Audrey Duval et Harold PARISOT avec quelques dirigeants au Chinese Business CLub
Audrey Duval et Harold PARISOT avec quelques dirigeants au Chinese Business CLub

Le cas français : un accès plus lent que la moyenne des meilleurs élèves européens

Audrey Duval estime que cette situation concerne également la France. Selon les données qu’elle présente, près de quatre médicaments innovants sur dix autorisés au niveau européen ne seraient pas disponibles pour les patients français, tandis que le délai moyen d’accès dépasserait 500 jours.

Ces ordres de grandeur rejoignent le constat dressé par l’EFPIA, la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques. Dans son rapport Patients W.A.I.T. Indicator 2025, publié en mai 2026, l’organisation évalue à 532 jours le délai médian d’accès aux médicaments innovants à l’échelle de l’Union européenne.

L’étude met également en évidence des écarts très importants entre les États membres, avec des délais allant d’environ 56 jours dans les pays les plus rapides à plus de 1 200 jours dans les plus lents.

Les données de l’EFPIA ne permettent toutefois pas de confirmer précisément la proportion de médicaments indisponibles en France avancée par Audrey Duval, qui relève de son intervention.

Elles corroborent en revanche le diagnostic général d’un accès aux traitements innovants encore très hétérogène en Europe et souvent plus lent que dans les pays les plus performants.

Au-delà des délais, cette fragmentation pèse sur l’attractivité du continent. Les entreprises privilégient les environnements où les procédures sont lisibles, les calendriers prévisibles et les décisions rapides.

Le temps nécessaire pour évaluer puis mettre un traitement à la disposition des patients devient ainsi un facteur de compétitivité.

Arc de Triomphe Paris
Arc de Triomphe Paris

Le paradoxe français

Dans ce paysage européen, la France présente un profil contrasté. Audrey Duval résume la place de Sanofi dans l’écosystème français par une formule simple :

« Si vous devez retenir un seul chiffre, c’est à peu près un tiers. »

Environ un tiers de la recherche et développement du groupe est réalisé en France, près d’un tiers de sa production industrielle y est implanté et le pays rassemble environ un quart de ses effectifs mondiaux.

Ces chiffres illustrent le poids historique de la France dans la stratégie industrielle de Sanofi. Ils témoignent aussi de ses atouts :

  • une recherche académique reconnue,
  • des équipes hospitalières de premier plan,
  • un tissu industriel dense
  • et des compétences scientifiques de haut niveau.

Ce potentiel se traduit pourtant difficilement par l’émergence de nouveaux leaders mondiaux. L’obstacle apparaît surtout lorsque les jeunes entreprises doivent changer d’échelle.

Créer une biotech innovante représente déjà un défi. Les premières phases peuvent être financées par le capital-risque ou des dispositifs publics. En revanche, lorsque les essais cliniques atteignent leurs étapes les plus avancées, les besoins se chiffrent en centaines de millions d’euros.

C’est souvent à ce moment que les entreprises européennes recherchent des investisseurs internationaux, concluent des partenariats avec de grands groupes pharmaceutiques ou font l’objet d’acquisitions.

La France et l’Europe savent faire naître des entreprises innovantes. Elles peinent davantage à les accompagner lorsqu’elles atteignent une taille critique et que leur avenir industriel se décide.

Audrey Duval plaide pour une Europe capable de produire les innovations qu'elle découvre
Audrey Duval plaide pour une Europe capable de produire les innovations qu’elle découvre

Financer l’innovation sur le temps long

Mettre au point un médicament demande près de dix ans ; construire ou moderniser un site de production engage une entreprise pour plusieurs décennies.

Ces horizons imposent une forte visibilité. Les choix en matière de réglementation, de fiscalité, d’organisation des essais cliniques ou de politique industrielle influencent directement les décisions d’investissement.

« Arrêter de considérer la santé comme un centre de coût mais comme un investissement », plaide Audrey Duval.

Cette formule résume une conviction qui dépasse les seuls enjeux de l’industrie pharmaceutique. Les dépenses de santé ne relèvent pas seulement des politiques publiques ; elles constituent aussi un levier d’innovation, d’investissement et de politique industrielle.

L’intelligence artificielle accélère certaines étapes de la recherche, mais elle ne réduit ni les exigences scientifiques ni les investissements nécessaires pour démontrer l’efficacité et la sécurité d’un traitement.

Les partenariats noués par Sanofi avec plusieurs acteurs du numérique illustrent cette évolution : la capacité à associer durablement

  • recherche,
  • technologies
  • et investissements devient un facteur déterminant de performance.
Audrey Duval défend la souveraineté pharmaceutique européenne
Audrey Duval défend la souveraineté pharmaceutique européenne

L’innovation repose de plus en plus sur des partenariats

Pour Audrey Duval, l’innovation pharmaceutique repose désormais sur des partenariats entre acteurs complémentaires.

Les découvertes naissent dans

  • les universités,
  • les centres hospitaliers,
  • les laboratoires publics,
  • les biotechnologies
  • ou les jeunes entreprises spécialisées, tandis que les grands groupes apportent les capacités industrielles, réglementaires et financières nécessaires pour les conduire jusqu’au marché.

« Notre innovation passera uniquement par les partenariats. »

Cette conviction résume l’évolution du modèle pharmaceutique. Dans un environnement où les technologies se diversifient, où les investissements augmentent et où le risque demeure élevé, la capacité à fédérer ces acteurs devient un avantage concurrentiel majeur.

La vice-présidente exécutive, Affaires Corporate de Sanofi estime également qu’une meilleure coordination entre autorités sanitaires, pouvoirs publics, établissements de santé et industriels permettrait de réduire les délais d’accès aux traitements innovants, sans remettre en cause les exigences d’évaluation et de sécurité.

Elle cite l’exemple de l’Espagne, qui a renforcé son attractivité pour les essais cliniques grâce à cette coopération.

Enfin, elle annonce le repositionnement de la Fondation Sanofi. Jusqu’ici principalement tournée vers des actions humanitaires et environnementales, celle-ci consacrera désormais 15 millions d’euros par an à des initiatives en faveur des jeunes vivant avec une maladie sévère ou chronique, en partenariat avec des associations et des acteurs de terrain.

Industrie pharmaceutique européenne-Audrey Duval, Vice-Présidente Exécutive, Affaires Corporate
Audrey Duval, Vice-Présidente Exécutive, Affaires Corporate

Au-delà de Sanofi, une question de politique industrielle

Au-delà du cas de Sanofi, l’intervention d’Audrey Duval met en lumière une évolution profonde de l’industrie pharmaceutique.

Dans un secteur où le développement d’un médicament s’étend sur près d’une décennie et mobilise plusieurs milliards d’euros d’investissements, la compétition ne se joue plus uniquement sur l’excellence scientifique.

Elle dépend de la capacité des écosystèmes à transformer les découvertes scientifiques en innovations industrielles et en traitements accessibles.

  • Les États-Unis s’appuient sur un vaste marché intérieur et sur des capitaux capables d’accompagner des projets particulièrement risqués.
  • La Chine accélère sa montée en puissance grâce à des investissements massifs dans les biotechnologies et au développement rapide de ses capacités scientifiques et industrielles.

L’Europe, elle, conserve une recherche de tout premier plan. Son défi consiste désormais à offrir un environnement suffisamment attractif pour que les innovations issues de sa recherche poursuivent leur développement sur son territoire.

La santé apparaît ainsi comme un enjeu de politique industrielle autant que de politique publique.

 Les choix en matière de financement de l’innovation, d’organisation des essais cliniques, d’accès au marché et d’attractivité des territoires déterminent la localisation des investissements, des compétences et des capacités de production.

C’est sur cette capacité à transformer son excellence scientifique en puissance industrielle que se jouera la place de l’Europe dans la compétition mondiale.

-Industrie pharmaceutique européenne -Audrey Duval explique pourquoi l'Europe perd du terrain dans le médicament
Audrey Duval explique pourquoi l’Europe perd du terrain dans le médicament

L’essentiel à retenir

  • Le constat : l’industrie pharmaceutique entre dans une nouvelle ère technologique portée par les biotechnologies, l’intelligence artificielle et les thérapies de nouvelle génération. Pourtant, le développement d’un médicament reste un processus long, risqué et coûteux : près de dix ans, environ 90 % d’échecs et 2 à 3 milliards d’euros d’investissement.
  • La compétition mondiale : les États-Unis demeurent le premier marché mondial du médicament et représentent environ la moitié du chiffre d’affaires de Sanofi. La Chine pourrait, selon Audrey Duval, être à l’origine d’un tiers à 40 % des molécules innovantes d’ici 2030.
  • Le recul européen : selon Audrey Duval, la part de l’Europe dans les essais cliniques mondiaux est passée d’environ 22 % à 12 % en une dizaine d’années. Environ un médicament innovant sur deux autorisé au niveau européen ne serait pas effectivement accessible aux patients dans les États membres.
  • Le cas français : selon Audrey Duval, près de quatre médicaments innovants sur dix autorisés au niveau européen ne seraient pas disponibles en France et le délai moyen d’accès dépasserait 500 jours. Le rapport Patients W.A.I.T. Indicator 2025 de l’EFPIA confirme des délais élevés dans l’Union européenne (532 jours en médiane), sans valider précisément le chiffre avancé pour la France.
  • L’engagement de Sanofi en France : malgré un marché français qui représente environ 3 % de son chiffre d’affaires mondial, Sanofi y réalise près d’un tiers de sa recherche et développement, un tiers de sa production industrielle et emploie environ un quart de ses effectifs mondiaux.
  • La priorité défendue par Audrey Duval : considérer la santé comme un investissement de long terme plutôt que comme un centre de coût afin de renforcer l’innovation, l’attractivité et la souveraineté industrielle européennes.
  • L’annonce de la Fondation Sanofi : la fondation consacrera désormais 15 millions d’euros par an à des initiatives en faveur des jeunes vivant avec une maladie sévère ou chronique.
  • L’enjeu stratégique : pour Audrey Duval, la compétition pharmaceutique mondiale ne repose plus seulement sur l’excellence scientifique, mais sur la capacité à transformer les découvertes en investissements, en capacités industrielles et en traitements rapidement accessibles aux patients.

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