
Ouverte depuis le 4 septembre au Grand Hôtel-Dieu, l’exposition Alphonse Mucha réunit plus de 90 œuvres originales. Arthemisia vise jusqu’à 150 000 visiteurs et expérimente à Lyon un format mêlant art, lieu commercial et nouveaux usages culturels.
Le pari commence avec un premier signal commercial favorable.
20 000 billets avaient déjà été vendus en prévente avant l’ouverture, le 4 septembre, de l’exposition consacrée à Alphonse Mucha au Grand Hôtel-Dieu.
Arthemisia espère désormais atteindre jusqu’à 150 000 visiteurs d’ici au 24 janvier 2027, date de fin annoncée de l’exposition.
Pour le groupe italien, l’enjeu dépasse toutefois la seule fréquentation d’une rétrospective. Lyon sert aussi de terrain d’observation pour un format différent de celui des musées traditionnels.

Le Grand Hôtel-Dieu devient un nouveau terrain pour Arthemisia
Pour cette première exposition d’Arthemisia à Lyon, consacrée à Alphonse Mucha, le groupe s’associe à Fever pour investir un espace du Grand Hôtel-Dieu, transformé et aménagé pour accueillir le parcours.
Le choix du lieu n’est pas anodin. Habituellement, l’entreprise italienne produit ses expositions dans des musées ou des espaces conçus à cet effet. À Lyon, elle s’installe au cœur d’un site patrimonial également fréquenté pour ses commerces, sa restauration et ses activités urbaines.
L’objectif consiste à rapprocher l’exposition des flux existants plutôt qu’à attendre que le visiteur fasse spécifiquement le déplacement vers un équipement culturel.
Cette logique constitue l’un des ressorts du dispositif lyonnais et pourra, selon Arthemisia, être reconduite avec d’autres projets.
Iole Siena, présidente d’Arthemisia, présente ainsi le nouvel espace d’exposition du Grand Hôtel-Dieu comme un lieu appelé à prendre une place dans la vie culturelle lyonnaise.

Le groupe ne part par ailleurs pas de zéro. Arthemisia revendique 25 ans d’expérience, plus de 1 500 expositions organisées dans le monde et plus de 60 millions de visiteurs.
L’entreprise italienne a construit son activité autour de grandes expositions temporaires, avec un savoir-faire qui associe choix des artistes, production, scénographie et parcours de visite.
À Lyon, le changement tient donc moins au savoir-faire qu’au contexte de diffusion. Le groupe confronte son modèle à une ville nouvelle pour lui et à un emplacement qui brouille volontairement la frontière entre espace commercial, destination urbaine et lieu culturel.

Mucha construit d’abord sa notoriété à Paris
Né en 1860 à Ivančice, en Moravie, Alphonse Mucha grandit dans les terres tchèques alors intégrées à l’Empire austro-hongrois. Après une formation à Vienne, Munich et en Italie, il s’installe à Paris en 1887.
Il y travaille comme illustrateur et évolue dans un environnement marqué par les théâtres, les revues illustrées, la photographie, la publicité et les grandes expositions.
Sa rencontre avec Sarah Bernhardt constitue le véritable accélérateur de sa carrière.

À la fin de 1894, l’actrice lui confie la conception de l’affiche de Médée. Le succès de cette image contribue rapidement à faire connaître l’artiste. D’autres figures du théâtre deviennent ensuite les protagonistes de ses créations, tandis que ses affiches participent à faire entrer l’image artistique dans l’espace quotidien.
L’artiste élargit ensuite son activité à la publicité et travaille pour de nombreux annonceurs, notamment dans les secteurs des parfums, des boissons, de l’alimentation, des revues et des cycles.

Ses compositions ne se contentent pas de présenter un produit. Elles construisent un univers visuel reconnaissable, associant personnage, typographie, décor et motifs floraux. Une logique qui préfigure certains principes de l’identité visuelle moderne.
Cette dimension explique aussi l’angle choisi par les organisateurs. L’exposition ne réduit pas Mucha à ses célèbres femmes-fleurs. Elle cherche à montrer comment l’artiste participe à une transformation plus large des modes de communication à la Belle Époque.

Six sections pour raconter la naissance d’une image de marque
Sous le commissariat de l’historienne de l’art Giulia Silvia Ghia, le parcours est organisé en six sections thématiques plutôt que selon une stricte chronologie. La figure féminine sert de fil conducteur pour relier théâtre, publicité, photographie, identité slave, médias et nature.L’une des sections s’intéresse ainsi à la naissance du branding moderne.
À la fin du XIXe siècle, les rues parisiennes se couvrent d’affiches pour les spectacles, parfums, liqueurs, champagne, biscuits ou cycles. Mucha contribue à cette évolution en donnant aux produits une identité visuelle qui dépasse leur simple fonction commerciale.

Une autre partie montre le rôle de la photographie dans sa méthode de création. Mucha photographie ses modèles, leurs attitudes, leurs vêtements et leurs drapés avant de retravailler ces éléments par le dessin.
La photographie devient alors un outil d’observation et de construction de l’image, bien avant l’ère des outils numériques.
L’exposition élargit ensuite le propos à la question de l’identité slave. Après son succès international, Mucha revient progressivement vers ses origines et fait de la figure féminine une représentation de la patrie, de la mémoire collective et de la liberté. Cette évolution conduit notamment à son vaste cycle pictural de L’Épopée slave, consacré à l’histoire des peuples slaves.

Le parcours s’intéresse enfin aux nouveaux médias et à la circulation croissante des images, puis à la relation entre corps féminin, nature et ornement.
L’ensemble cherche ainsi à montrer que l’œuvre de Mucha ne relève pas seulement d’une esthétique reconnaissable, mais aussi d’une réflexion sur la manière dont une image capte l’attention et acquiert une fonction culturelle ou commerciale.

Une collection construite sur plusieurs décennies
L’exposition rassemble plus de 90 œuvres originales, parmi lesquelles des affiches, dessins et peintures.
Selon les informations communiquées lors de la présentation de l’exposition, ces œuvres sont prêtées par Portu Gallery Investments s.r.o., à Prague, en collaboration avec Art Nouveau Production s.r.o. Collection et BRIDGECONSULTINGpro.
La collection présentée s’inscrit dans une histoire constituée sur plusieurs décennies. Elle permet notamment de mettre en regard les différentes périodes de la carrière de Mucha, de ses productions graphiques à ses recherches plus personnelles et à son engagement autour de l’identité slave.

Parmi les œuvres présentées figurent notamment
- The Seasons de 1896,
- F. Champenois / Reverie de 1897,
- La Samaritaine,
- Sarah Bernhardt – The American Tour,
- Los Cigarrillos Paris,
- Lefèvre-Utile – Sarah Bernhardt
- ou encore Precious Stones – Ruby.
Plusieurs lithographies témoignent ainsi de la place centrale occupée par l’affiche dans la diffusion de son langage visuel.
Cette diversité est également au cœur du catalogue français publié à l’occasion de l’exposition.
L’ouvrage de 196 pages, édité en septembre 2026 au prix de 38 euros, replace Mucha à la croisée de la peinture, des arts graphiques, des arts décoratifs et du projet.

Arthemisia associe production culturelle et technologie
Le projet lyonnais repose aussi sur une association avec Fever, plateforme spécialisée dans la découverte d’expériences culturelles et de divertissement.
Arthemisia apporte son expertise de production et d’organisation d’expositions, tandis que Fever met en avant sa technologie, ses données et sa capacité de diffusion auprès de ses utilisateurs.
Le partenariat ne se limite donc pas à une relation de billetterie.
Le dossier de presse présente Fever comme un acteur qui utilise ses données et sa technologie pour accompagner la conception et le déploiement de nouvelles expériences.
Pour une exposition temporaire, cette combinaison entre production artistique, connaissance des usages et diffusion constitue un élément important du modèle économique recherché.
Le dispositif lyonnais associe ainsi plusieurs métiers habituellement séparés entre institutions culturelles, producteurs d’expositions, opérateurs de loisirs et plateformes numériques.
La billetterie sur place est notamment assurée par Fever, tandis que la production et l’organisation sont portées par Arthemisia.

Lyon comme marché à tester
Avec 150 000 visiteurs en ligne de mire, Mucha constitue le sujet de l’exposition. Lyon constitue, pour Arthemisia, le marché à tester. Le groupe dispose déjà d’une expérience importante en matière de grandes expositions et avait notamment présenté Mucha au Musée du Luxembourg à Paris, une expérience que sa présidente décrit comme particulièrement concluante auprès du public français.
La question lyonnaise est différente. Il s’agit de vérifier si une exposition de cette ampleur peut trouver sa place dans un espace implanté au sein d’un site urbain à forte fréquentation et si ce cadre peut devenir un point d’ancrage pour d’autres productions.

Le calendrier donne au projet plusieurs mois pour mesurer cette réponse. Ouverte du 4 septembre 2026 au 24 janvier 2027, l’exposition est accessible du mardi au dimanche, de 10 heures à 20 heures, avec une dernière entrée à 18 h 45.
Les billets sont proposés à partir de 15 euros pour un adulte.
La prochaine étape dépendra donc moins de la seule capacité de Mucha à attirer les visiteurs que de celle du lieu et du format à démontrer leur pertinence. Si le public répond présent, le Grand Hôtel-Dieu pourrait devenir davantage qu’un écrin ponctuel pour l’artiste tchèque.
Mucha constitue le sujet de l’exposition. Lyon constitue, pour Arthemisia, le marché à tester.
Avec 150 000 visiteurs en ligne de mire, le groupe cherche à démontrer qu’un espace commercial peut devenir, à Lyon, une plateforme crédible de diffusion culturelle et accueillir demain d’autres expositions de grande ampleur.

Infos clés
- Exposition : Alphonse Mucha – La figure féminine, langage visuel de l’Art nouveau
- Lieu : Grand Hôtel-Dieu, 13 rue de la Barre, Lyon 2e
- Dates : du 4 septembre 2026 au 24 janvier 2027
- Œuvres : plus de 90 œuvres originales
- Commissariat : Giulia Silvia Ghia, historienne de l’art
- Production et organisation : Arthemisia et Fever
- Partenaires : Art Nouveau Production s.r.o. Collection, WOOD, BRIDGECONSULTINGpro
- Prêt des œuvres : Portu Gallery Investments s.r.o., Prague
- Objectif de fréquentation : jusqu’à 150 000 visiteurs
- Prévente : 20 000 billets vendus avant l’ouverture
- Horaires : mardi à dimanche, 10 h à 20 h
- Tarif adulte : à partir de 15 €
- Arthemisia : 25 ans d’expérience, plus de 1 500 expositions et plus de 60 millions de visiteurs revendiqués
- Billetterie : alphonsemucha-expo.com / Fever






















