
La Fabrique du Beau : quand les industriels ouvrent leurs portes aux artistes
Après avoir réuni sept binômes artiste-entreprise et attiré près de 50 000 visiteurs lors de l’édition lyonnaise de L’Industrie Magnifique en 2025, Carolin Sackmann et Magalie Meunier lancent La Fabrique du Beau, un nouveau programme qui associe artistes et entreprises industrielles de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
L’initiative s’inscrit dans le prolongement de l’expérience menée l’an dernier.
Parmi les créations présentées figurait Colorama, une installation conçue par l’artiste Jacques Rival avec Le Joint Technique, PME spécialisée dans les solutions d’étanchéité.

Inspirée des propriétés de lacets en silicone développés par l’entreprise, l’œuvre transformait un produit industriel en une composition monumentale de lignes colorées suspendues dans le cloître du Grand Hôtel-Dieu.
Une illustration concrète de la démarche désormais portée par La Fabrique du Beau: partir de la réalité industrielle pour nourrir un projet artistique.
Une nouvelle identité pour un projet ancré dans le territoire
Si L’Industrie Magnifique disposait déjà d’une notoriété acquise à Strasbourg puis à Lyon, les deux organisatrices ont choisi de développer leur propre marque.
Le principe demeure inchangé : un artiste est associé à une entreprise afin de découvrir son environnement de travail, ses équipes et ses méthodes de fabrication.
De cette phase d’observation et d’échanges naît une œuvre conçue avec l’appui des collaborateurs et des ressources techniques de l’entreprise.

Révéler l’industrie autrement
La Fabrique du Beau s’appuie sur un constat que ses fondatrices jugent préoccupant.
D’après les données présentées lors de la conférence de presse, 83 % des Français considèrent l’industrie comme un secteur en déclin, tandis que 62 % des jeunes lui associent une image négative.
Dans le même temps, 82 % des Français déclarent souhaiter davantage de présence de l’art contemporain dans leur quotidien.
Pour les organisatrices, ce décalage entre perception et réalité justifie la mise en place d’initiatives capables de rendre plus visibles les métiers industriels.
L’ambition est aussi pédagogique. Avec le soutien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et en partenariat avec le rectorat, un parcours spécifique est proposé aux scolaires afin de leur faire découvrir les métiers industriels à travers les œuvres et les entreprises qui les ont rendues possibles.
L’objectif est de sensibiliser les jeunes à des secteurs souvent méconnus alors même que de nombreuses filières font face à des enjeux de recrutement et de renouvellement des compétences.

PME, ETI et grands groupes industriels concernés
Le programme s’adresse aux PME, aux entreprises de taille intermédiaire et aux grands groupes industriels implantés en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Les entreprises candidates et les artistes font tous deux l’objet d’une sélection avant la constitution des binômes. Les artistes répondent à un appel à candidatures et sont présélectionnés par un jury professionnel, tandis que les entreprises s’engagent à accueillir un artiste en résidence et à financer la réalisation de l’œuvre.

Pour Carolin Sackmann et Magalie Meunier, la démarche n’est liée à aucun secteur en particulier.
L’objectif est précisément de permettre à des entreprises aux activités très différentes d’ouvrir leurs portes à un regard extérieur.
Les premières entreprises participantes représentent des secteurs aussi variés que l’énergie, la chimie, la métallurgie ou l’environnement.

Quand l’œuvre naît de l’activité industrielle
Les projets réalisés en 2025 donnent un aperçu concret de la manière dont ces collaborations se traduisent sur le terrain.
Chez Axpo, l’artiste Jean-Julien Ney s’est appuyé sur les schémas et les flux liés à la production photovoltaïque pour concevoir une installation inspirée des mécanismes invisibles de circulation de l’énergie.
Au sein d’ACI Groupe, Benoît Billotte a travaillé à partir de couronnes forgées industriellement pour réaliser une sculpture verticale explorant les notions de transformation et de coopération.

Dans chaque cas, l’œuvre ne vient pas illustrer l’activité industrielle : elle naît directement de ses matériaux, de ses procédés ou de ses technologies.
Un enjeu qui dépasse le mécénat culturel
Pour les entreprises participantes, l’intérêt du projet ne se limite pas à l’acquisition d’une œuvre.
Les organisatrices mettent en avant les effets de la démarche sur la cohésion des équipes, la valorisation des métiers et l’attractivité des entreprises.
Pendant plusieurs mois, les salariés sont associés au projet, présentent leurs activités à l’artiste et participent à certaines étapes de la création.
Pour des entreprises confrontées aux difficultés de recrutement, cette visibilité constitue également un moyen de mieux faire connaître leurs métiers.
Les retombées dépassent par ailleurs le cadre de l’entreprise.
Lors de l’édition 2025, plus d’une centaine d’animations gratuites ont été organisées :
- rencontres entre artistes et industriels,
- tables rondes,
- ateliers pour les familles,
- visites commentées
- et réalisation d’une œuvre participative.
En partenariat avec France Travail, des visites spécifiques ont également été proposées à des demandeurs d’emploi, à la fois dans les entreprises participantes et sur le site de l’exposition.

Un modèle économique fondé sur le mécénat et la commande artistique
Le budget du festival est évalué à environ 400 000 euros. Il couvre l’organisation de l’exposition, les actions de médiation culturelle, les événements associés ainsi que les dispositifs développés avec les scolaires et les demandeurs d’emploi.
Les œuvres elles-mêmes sont financées séparément. Les entreprises participantes commandent directement les créations aux artistes et contribuent également au financement de l’événement sous forme de mécénat.
Selon la formule retenue, leur engagement représente un investissement compris entre 60 000 et 120 000 euros.
Ce montant inclut à la fois la réalisation de l’œuvre et une contribution au financement du festival.

Un projet soutenu par l’écosystème régional
La Fabrique du Beau bénéficie du soutien de plusieurs acteurs publics et économiques, parmi lesquels la DRAC, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la Métropole de Lyon et la Ville de Lyon.
- La Région accompagne notamment les actions pédagogiques destinées aux scolaires.
- La Métropole intervient dans la mise en relation avec les entreprises du territoire et contribue à la visibilité du projet.
- La Ville de Lyon apporte son soutien en matière de communication.
Le projet est également accompagné par la
- CCI Lyon Métropole,
- la CPME du Rhône,
- le Medef Lyon-Rhône,
- la CMA Auvergne-Rhône-Alpes,
- l’UIMM Lyon,
- OnlyLyon,
- France Travail
- et l’Académie de Lyon.

L’édition précédente avait réuni plusieurs mécènes industriels et institutionnels, parmi lesquels
- Veolia,
- Syensqo,
- Le Joint Technique,
- Axpo,
- les Forges de Monplaisir,
- HNC Cotextile,
- Mathelin,
- la Fondation Ilyse,
- la Fondation des Notaires engagés
- ou encore l’Agence de l’Eau.

Au-delà de la création artistique, les organisatrices voient dans La Fabrique du Beau un moyen de valoriser les filières industrielles du territoire auprès du grand public.
Festival gratuit installé au cœur de Lyon, l’événement entend mettre en lumière des entreprises souvent peu visibles, tout en créant des occasions de rencontre entre industriels, artistes, scolaires, familles et demandeurs d’emploi.
Les candidatures des entreprises et des artistes sont ouvertes jusqu’à la fin de l’année 2026. Les premières œuvres de cette nouvelle édition seront dévoilées au public à l’automne 2027.






















