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La Fabrique du Beau réunit artistes et industriels au cœur de l’économie régionale

Porté par Carolin Sackmann et Magalie Meunier, le programme associe entreprises industrielles et artistes contemporains afin de valoriser les métiers, les savoir-faire et l'attractivité du territoire avant une exposition prévue à Lyon en 2027.

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La Fabrique du Beau invite les entreprises industrielles à transformer leurs savoir-faire en œuvres d'art contemporaines
La Fabrique du Beau invite les entreprises industrielles à transformer leurs savoir-faire en œuvres d'art contemporaines-Benoit Billotte ©Aurelia Planterose (6)
La Fabrique du Beau à Lyon — les candidatures des entreprises et artistes sont ouvertes

La Fabrique du Beau : quand les industriels ouvrent leurs portes aux artistes

Après avoir réuni sept binômes artiste-entreprise et attiré près de 50 000 visiteurs lors de l’édition lyonnaise de L’Industrie Magnifique en 2025, Carolin Sackmann et Magalie Meunier lancent La Fabrique du Beau, un nouveau programme qui associe artistes et entreprises industrielles de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

L’objectif : faire naître des œuvres inspirées des activités et des expertises des entreprises participantes, avant de les présenter au public lors d’une exposition prévue au Grand Hôtel-Dieu de Lyon en octobre 2027.

L’initiative s’inscrit dans le prolongement de l’expérience menée l’an dernier.

Parmi les créations présentées figurait Colorama, une installation conçue par l’artiste Jacques Rival avec Le Joint Technique, PME spécialisée dans les solutions d’étanchéité.

Jacques Rival & Le joint technique Colorama, 2025
Jacques Rival & Le joint technique Colorama, 2025 | © Jacques Rival et Aurélia Planterose

Inspirée des propriétés de lacets en silicone développés par l’entreprise, l’œuvre transformait un produit industriel en une composition monumentale de lignes colorées suspendues dans le cloître du Grand Hôtel-Dieu.

Une illustration concrète de la démarche désormais portée par La Fabrique du Beau: partir de la réalité industrielle pour nourrir un projet artistique.

Une nouvelle identité pour un projet ancré dans le territoire

Si L’Industrie Magnifique disposait déjà d’une notoriété acquise à Strasbourg puis à Lyon, les deux organisatrices ont choisi de développer leur propre marque.

« Nous travaillons depuis quatre ans sur différents projets Art et Industrie.

L’Industrie Magnifique s’inscrivait dans un mouvement avec un cahier des charges précis que nous avions déjà fait évoluer.

Pour mettre en place un projet correspondant à nos compétences, à nos envies et aux besoins exprimés par nos partenaires du territoire, il nous semblait évident de créer notre propre marque », expliquent-elles.

Carolin Sackmann, Magalie Meunier -La Fabrique du Beau Lyon art industrie
Carolin Sackmann, Magalie Meunier -La Fabrique du Beau Lyon art industrie

Le principe demeure inchangé : un artiste est associé à une entreprise afin de découvrir son environnement de travail, ses équipes et ses méthodes de fabrication.

De cette phase d’observation et d’échanges naît une œuvre conçue avec l’appui des collaborateurs et des ressources techniques de l’entreprise.

La Fabrique du Beau
Amélie Lengrand H2O ©Amélie Lengrand 2

Révéler l’industrie autrement

La Fabrique du Beau s’appuie sur un constat que ses fondatrices jugent préoccupant.

D’après les données présentées lors de la conférence de presse, 83 % des Français considèrent l’industrie comme un secteur en déclin, tandis que 62 % des jeunes lui associent une image négative.

Dans le même temps, 82 % des Français déclarent souhaiter davantage de présence de l’art contemporain dans leur quotidien.

Pour les organisatrices, ce décalage entre perception et réalité justifie la mise en place d’initiatives capables de rendre plus visibles les métiers industriels.

« La Fabrique du Beau crée un point de rencontre inattendu. Un espace où l’art ne s’invite pas en surface, mais dialogue en profondeur avec les lieux de travail », résument-elles.

L’ambition est aussi pédagogique. Avec le soutien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et en partenariat avec le rectorat, un parcours spécifique est proposé aux scolaires afin de leur faire découvrir les métiers industriels à travers les œuvres et les entreprises qui les ont rendues possibles.

L’objectif est de sensibiliser les jeunes à des secteurs souvent méconnus alors même que de nombreuses filières font face à des enjeux de recrutement et de renouvellement des compétences.

Benoît billotte & forges de monplaisir Métamorphoses, 2025
Benoît billotte & forges de monplaisir Métamorphoses, 2025

PME, ETI et grands groupes industriels concernés

Le programme s’adresse aux PME, aux entreprises de taille intermédiaire et aux grands groupes industriels implantés en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Les entreprises candidates et les artistes font tous deux l’objet d’une sélection avant la constitution des binômes. Les artistes répondent à un appel à candidatures et sont présélectionnés par un jury professionnel, tandis que les entreprises s’engagent à accueillir un artiste en résidence et à financer la réalisation de l’œuvre.

Amandine Guruceaga & Centre de recherche, Exosymbiose, 2025
Amandine Guruceaga & Centre de recherche, Exosymbiose, 2025. © Amandine Guruceaga et Aurélia Planterose

Pour Carolin Sackmann et Magalie Meunier, la démarche n’est liée à aucun secteur en particulier.

L’objectif est précisément de permettre à des entreprises aux activités très différentes d’ouvrir leurs portes à un regard extérieur.

Les premières entreprises participantes représentent des secteurs aussi variés que l’énergie, la chimie, la métallurgie ou l’environnement.

Jeanne Goutelle & HNC cotextile ŒUvre participative Re-source, 2025
Jeanne Goutelle & HNC cotextile ŒUvre participative Re-source, 2025 | © Jeanne Goutelle et Aurélia Planterose

Quand l’œuvre naît de l’activité industrielle

Les projets réalisés en 2025 donnent un aperçu concret de la manière dont ces collaborations se traduisent sur le terrain.

Chez Axpo, l’artiste Jean-Julien Ney s’est appuyé sur les schémas et les flux liés à la production photovoltaïque pour concevoir une installation inspirée des mécanismes invisibles de circulation de l’énergie.

Au sein d’ACI Groupe, Benoît Billotte a travaillé à partir de couronnes forgées industriellement pour réaliser une sculpture verticale explorant les notions de transformation et de coopération.

Benoît billotte & forges de monplaisir Métamorphoses, 2025
Benoît billotte & forges de monplaisir Métamorphoses, 2025

Dans chaque cas, l’œuvre ne vient pas illustrer l’activité industrielle : elle naît directement de ses matériaux, de ses procédés ou de ses technologies.

Un enjeu qui dépasse le mécénat culturel

Pour les entreprises participantes, l’intérêt du projet ne se limite pas à l’acquisition d’une œuvre.

Les organisatrices mettent en avant les effets de la démarche sur la cohésion des équipes, la valorisation des métiers et l’attractivité des entreprises.

Pendant plusieurs mois, les salariés sont associés au projet, présentent leurs activités à l’artiste et participent à certaines étapes de la création.

Carolin Sackmann et Magalie Meunier-crédit photo : Aurélia Planterose
Carolin Sackmann et Magalie Meunier-crédit photo : Aurélia Planterose

« L’œuvre reste dans l’entreprise et raconte une histoire : celle de la rencontre entre les équipes et l’artiste, mais aussi celle du regard porté sur les activités et les savoir-faire de l’industrie », expliquent Magalie Meunier et Carolin Sackmann.

Pour des entreprises confrontées aux difficultés de recrutement, cette visibilité constitue également un moyen de mieux faire connaître leurs métiers.

Les retombées dépassent par ailleurs le cadre de l’entreprise.

Lors de l’édition 2025, plus d’une centaine d’animations gratuites ont été organisées :

  • rencontres entre artistes et industriels,
  • tables rondes,
  • ateliers pour les familles,
  • visites commentées
  • et réalisation d’une œuvre participative.

En partenariat avec France Travail, des visites spécifiques ont également été proposées à des demandeurs d’emploi, à la fois dans les entreprises participantes et sur le site de l’exposition.

Carolin Sackmann, La fabrique du Beau
Carolin Sackmann, La fabrique du Beau

« Nous voulons montrer les entreprises telles qu’elles sont aujourd’hui et permettre au public de découvrir des métiers qu’il ne connaît pas forcément », souligne Carolin Sackmann.

jean-julien ney & axpo 994 kWh/M², 2025
jean-julien ney & axpo 994 kWh/M², 2025 | © DR; Jean-Julien Ney et Aurélia Planterose

Un modèle économique fondé sur le mécénat et la commande artistique

Le budget du festival est évalué à environ 400 000 euros. Il couvre l’organisation de l’exposition, les actions de médiation culturelle, les événements associés ainsi que les dispositifs développés avec les scolaires et les demandeurs d’emploi.

Les œuvres elles-mêmes sont financées séparément. Les entreprises participantes commandent directement les créations aux artistes et contribuent également au financement de l’événement sous forme de mécénat.

Selon la formule retenue, leur engagement représente un investissement compris entre 60 000 et 120 000 euros.

Ce montant inclut à la fois la réalisation de l’œuvre et une contribution au financement du festival.

« C’est un formidable moyen de communiquer positivement auprès des collaborateurs comme des clients », estiment les fondatrices.

Visite Grand Cloître GHD
Visite Grand Cloître GHD ©Aurélia Planterose

Un projet soutenu par l’écosystème régional

La Fabrique du Beau bénéficie du soutien de plusieurs acteurs publics et économiques, parmi lesquels la DRAC, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la Métropole de Lyon et la Ville de Lyon.

  • La Région accompagne notamment les actions pédagogiques destinées aux scolaires.
  • La Métropole intervient dans la mise en relation avec les entreprises du territoire et contribue à la visibilité du projet.
  • La Ville de Lyon apporte son soutien en matière de communication.

Le projet est également accompagné par la

Public au Grand Hôtel Dieu
Public au Grand Hôtel Dieu

L’édition précédente avait réuni plusieurs mécènes industriels et institutionnels, parmi lesquels

  • Veolia,
  • Syensqo,
  • Le Joint Technique,
  • Axpo,
  • les Forges de Monplaisir,
  • HNC Cotextile,
  • Mathelin,
  • la Fondation Ilyse,
  • la Fondation des Notaires engagés
  • ou encore l’Agence de l’Eau.
Magalie Meunier, Studio Ganek, et Carolin Sackmann, Openlines/Elycop
Magalie Meunier, Studio Ganek, et Carolin Sackmann, Openlines/Elycop

Au-delà de la création artistique, les organisatrices voient dans La Fabrique du Beau un moyen de valoriser les filières industrielles du territoire auprès du grand public.

Festival gratuit installé au cœur de Lyon, l’événement entend mettre en lumière des entreprises souvent peu visibles, tout en créant des occasions de rencontre entre industriels, artistes, scolaires, familles et demandeurs d’emploi.

Les candidatures des entreprises et des artistes sont ouvertes jusqu’à la fin de l’année 2026. Les premières œuvres de cette nouvelle édition seront dévoilées au public à l’automne 2027.

La Fabrique du Beau
Jacques Rival & Le joint technique Colorama, 2025 | © Jacques Rival et Aurélia Planterose

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