
#reportage
Les Work Talks à Lyon remet le travail au cœur des débats économiques
À Lyon, plus de 1 200 dirigeants, dirigeants, DRH, décideurs publics, entrepreneurs, partenaires du territoire, experts, talents engagés, étudiants se sont réunis pour la première édition des Work Talks.
Derrière cet événement porté par Actual Group, une conviction : les grandes transformations économiques, technologiques et sociales ramènent toutes à une même question, celle du travail.
L’émotion n’était pas forcément là où on l’attendait.
Pendant plusieurs heures, les discussions avaient porté sur l’intelligence artificielle, les tensions de recrutement, la transformation des métiers, le management, le climat, la réindustrialisation ou encore les compétences dont les entreprises auront besoin demain.
Puis vient midi. Alors que les participants s’apprêtent à rejoindre le Village des partenaires pour la pause déjeuner, Jean-Michel Frixon s’avance pour prendre la parole.

Ancien ouvrier de Michelin, auteur de Michelin, matricule F277710, il ne présente ni étude ni théorie. Il raconte son parcours, son rapport à son métier, ses années passées à la chaîne.
Face à lui, Jean-Christophe Guérin, ancien membre du comité exécutif de Michelin. Les deux hommes confrontent leurs expériences et leurs regards sur l’entreprise.

Dans l’auditorium, un silence inhabituel s’installe. Pendant quelques instants, les débats sur l’intelligence artificielle, le recrutement ou la compétitivité semblent s’effacer derrière une histoire humaine.
Quelques heures plus tard, Samuel Tual reviendra spontanément sur ce témoignage.

« Quand c’est authentique, on ne triche pas », confie-t-il.
Cette scène résume sans doute mieux que n’importe quel discours l’esprit des Work Talks. Car cette première édition, organisée le 28 mai à l’Hôtel de Région, n’avait pas pour ambition de produire un débat supplémentaire sur l’emploi ou les ressources humaines.
Elle cherchait à remettre au centre de la conversation un sujet que ses initiateurs considèrent comme essentiel : la place du métier et de l’emploi dans nos vies.Une idée née d’un paradoxe.

Une idée née d’un paradoxe
L’histoire commence plusieurs mois avant l’événement. Au fil d’échanges entre Samuel Tual, Patrice Bégay et John Béguet, un constat s’impose.
Jamais les questions liées à l’emploi, aux compétences ou aux carrières n’ont occupé une place aussi importante dans les débats économiques et sociaux.
Et pourtant, le sujet dans son ensemble semble avoir disparu.
On parle du chômage, des retraites, d’intelligence artificielle, de souveraineté économique, d’orientation, de souffrance au travail.
Mais rarement du fil conducteur qui traverse toutes ces questions.
Pour Samuel Tual, cette situation est d’autant plus paradoxale que le travail accompagne toutes les étapes de la vie :
- l’éducation,
- l’orientation,
- l’entrée sur le marché de l’emploi,
- la construction d’une carrière,
- les reconversions puis la retraite.
L’idée d’un événement naît alors presque naturellement.
Le nom s’impose rapidement.
Work Talks.
Parce qu’il s’agit de parler de celles et ceux qui font vivre l’économie.
Parce que l’ambition est de dépasser, à terme, le cadre local. Et parce que la question est universelle.
« Il faut redonner ses lettres de noblesse au travail », explique Samuel Tual.
Pendant près de six mois, le projet mûrit.
La production opérationnelle sera lancée deux mois et demi avant l’événement.

John Béguet, qui pilote l’organisation, mobilise une équipe réduite avec l’ambition de créer un rendez-vous capable de réunir des publics qui se croisent rarement :
- dirigeants,
- recruteurs,
- salariés,
- écoles,
- étudiants,
- institutions,
- et entrepreneurs.

Pourquoi Lyon ?
Un autre choix mérite d’être souligné : celui du territoire.
Actual Group est né à Laval. Organiser la première édition dans les Pays de la Loire aurait été le plus simple.
Samuel Tual choisit pourtant Lyon.
La décision n’est pas anodine.
L’Auvergne-Rhône-Alpes constitue le deuxième bassin économique français après l’Île-de-France. Une région industrielle, entrepreneuriale, tournée vers l’innovation et l’emploi.
Le choix du de l’Hôtel de Région Auvergne-Rhône-Alpes comme lieu d’accueil participe également de cette logique.
Car derrière les enjeux d’emploi et de compétences se cachent d’autres défis :
- le développement économique,
- la formation,
- l’attractivité
- et la vitalité des territoires.
Une intuition qui rencontre son époque
Pour John Béguet, une autre évidence s’est imposée.Il existait de nombreux rendez-vous consacrés aux entreprises, à l’innovation, aux ressources humaines ou à l’enseignement.

Mais aucun ne réunissait réellement l’ensemble des acteurs de l’emploi, de la formation et des parcours professionnels.
Plus de 1 200 participants ont répondu présents à cette première édition. Les organisateurs en attendaient quelques centaines.
À l’ouverture des portes, la file d’attente déborde jusque devant le bâtiment voisin. La salle affiche complet. Certains ateliers doivent être adaptés en urgence pour absorber l’affluence.
« Je pense qu’on va gagner le match ce soir », glisse Samuel Tual à la mi-journée.
Une journée de récits plus que de certitudes
L’une des singularités des Work Talks tient à la tonalité des interventions.Les participants ne viennent pas délivrer des recettes.
Ils racontent :
- Des réussites
- Des transformations
- Des remises en question.
- Parfois des échecs.
Pascal Houdayer, PDG de Boiron, revient ainsi sur les années difficiles qui ont suivi le déremboursement de l’homéopathie, l’obligeant à repenser en profondeur l’organisation du groupe.

Il évoque le rôle du dirigeant comme « architecte social » et défend une forme de servant leadership, où le leader est d’abord au service de ceux qu’il accompagne.
Laurent Fiard, président de Visiativ, résume quant à lui son parcours entrepreneurial autour de trois mots : vision, envie et confiance.

« Le début de la confiance, c’est la transparence », explique celui qui a fait passer son entreprise de deux collaborateurs à une présence dans quinze pays.
Même tonalité chez Philippe Véran, fondateur de Biotech Dental, pour qui l’effort et l’engagement demeurent avant tout des valeurs transmises.
Le résultat n’a pas été une addition d’expertises.
Plutôt une confrontation d’expériences. Et souvent une forme de sincérité peu habituelle dans les grands rendez-vous économiques.

Les mêmes questions partout
À mesure que les interventions se succèdent, une observation s’impose.
- Un industriel parle de recrutement.
- Une dirigeante évoque l’évolution des compétences.
- Un responsable RH s’interroge sur l’engagement.
- Une école réfléchit à l’orientation.
- Un entrepreneur raconte les difficultés rencontrées pour faire évoluer ses équipes.Les sujets changent.
Les questions reviennent.
- Comment attirer les talents ?
- Comment transmettre les savoir-faire ?
- Comment accompagner les transitions professionnelles ?
Même les débats sur l’intelligence artificielle finissent souvent par revenir à ces questions. Non pas à la technologie elle-même.
Mais à la capacité des organisations à préparer les femmes et les hommes qui devront évoluer avec elle.
Anthony Contat, président de l’ANDRH Rhône-Ain, observe d’ailleurs qu’« aujourd’hui, on va au-delà du simple contrat de travail : on parle désormais d’un véritable contrat de vie ».
Derrière les débats sur l’intelligence artificielle, la souveraineté économique, la réindustrialisation ou la transition écologique se pose finalement une même question : celle de la capacité de l’économie française à disposer demain des femmes et des hommes dont elle aura besoin.

Les jeunes, au cœur de l’équation
Un autre sujet traverse les échanges de manière plus discrète mais tout aussi essentielle :
- la jeunesse.
- L’orientation.
- L’insertion.
- L’accès au premier emploi.
- La capacité à se projeter dans un monde professionnel en mutation permanente.
Le président du groupe Actual insiste particulièrement sur cet enjeu. Selon lui, les difficultés rencontrées par les jeunes à l’entrée sur le marché de l’emploi ne relèvent pas seulement d’une question économique.
Elles touchent à la confiance collective. Il rappelle que de nombreux diplômés mettent aujourd’hui plusieurs mois à décrocher un premier poste et que le chômage des jeunes demeure à un niveau préoccupant.
« On touche à l’espoir », dit-il.

Car derrière le premier emploi se joue aussi la confiance qu’une génération peut accorder à son avenir. La présence des étudiants, écoles et acteurs de la formation rappelait que les débats sur l’avenir professionnel ne concernent pas seulement ceux qui occupent déjà un emploi. Ils concernent aussi ceux qui cherchent encore leur place.

« Au début d’un mouvement ?
Au terme des échanges, une impression domine. Le succès de cette première édition ne tient pas seulement à l’affluence. Il tient aussi à la qualité des discussions.
L’animation de l’événement a été assurée par Ludyvine Fiard (Le Marois) et Patrice Bégay.

Pendant plusieurs heures, dirigeants, DRH, décideurs publics, industriels, entrepreneurs et partenaires stratégiques du territoire ont partagé la même scène sans que les débats ne se réduisent à des oppositions de principe.
Une rareté sur un sujet souvent traversé par les clivages.
Samuel Tual y voit « le début de quelque chose ». Patrice Begay et John Béguet appellent désormais à élargir le mouvement.
Tous trois, interviewés lors de l’événement, insistent sur un point : l’avenir des Work Talks dépendra de leur capacité à rester un espace ouvert, où les expériences comptent autant que les expertises.

Plus de 1 200 personnes ont choisi de consacrer une journée entière à parler du travail. Peu d’observateurs auraient imaginé qu’un sujet aussi vaste puisse susciter une telle mobilisation, lui qui est si souvent relégué aux réunions techniques ou aux rapports arides.
À lui seul, ce constat en dit long sur notre époque : et si le travail était finalement la question qui nous unit tous ?
L’animation de cette 1ere édition a été assurée par Ludyvine Fiard (Le Marois) et Patrice Bégay






















