
SUEZ met trois innovations climat à l’épreuve du terrain industriel
Trois start-up, quatre mois d’accompagnement, et des technologies encore en phase de validation. À Lyon, SUEZ s’appuie sur son partenariat avec H7 pour tester une stratégie d’open innovation : intégrer des solutions développées hors du groupe dans ses activités industrielles, à condition qu’elles franchissent un cap encore incertain, celui de l’industrialisation.
Lancé à l’automne 2025, le concours Solutions Climat réunit SUEZ, H7, la Métropole de Lyon, Axelera et la Banque des Territoires.
Partenaire fondateur de H7 depuis 2019, SUEZ a renouvelé début 2025 son engagement pour trois ans.
Dans ce dispositif, H7, l’accélérateur responsable à Lyon, structure
- l’accompagnement,
- organise les mises en relation et
- suit les start-up tout au long du programme.
Absent de la conférence de presse du 30 avril, son directeur Julien Marbouty s’est toutefois exprimé dans le communiqué diffusé à cette occasion.
Au terme de ces quatre mois, trois lauréats émergent dans des registres très différents — énergie, eau et adaptation des sols — mais avec une même question en toile de fond : comment transformer une innovation prometteuse en solution industrielle reproductible.
Le défi central : trouver un débouché industriel
Derrière la diversité des projets, un même point de friction apparaît : transformer une innovation technique en application industrielle reproductible.
ENTENT, start-up deeptech basée à Aix-en-Provence, en donne une illustration concrète. L’entreprise développe une machine capable de convertir en électricité la chaleur perdue dans l’industrie, notamment à basse température.
Le projet est déjà lourd : 23 millions d’euros investis en R&D en huit ans, pour des équipements pouvant atteindre 10 tonnes.
Chez ENTENT, le principal frein identifié n’est plus technologique, mais lié à la décision d’investissement côté client.
Identifier des cas d’usage standardisables et convaincre des industriels d’intégrer cette solution dans leurs installations reste une étape déterminante.

Sur l’eau, un angle mort technologique
Autre cas, Leak-ID, développé par Coris Innovation, cible les réseaux d’eau potable de petit diamètre.
Le robot, encore en phase de test, affiche un format compact — 80 mm de diamètre — et fonctionne avec une intelligence artificielle embarquée capable de traiter les données directement dans la canalisation.
Relié par câble pour éviter toute perte, il vise une mise sur le marché à l’horizon 2027.
L’enjeu est significatif : les grandes canalisations déjà équipées ne représentent qu’environ 15 à 20 % du linéaire, selon les estimations avancées lors de la présentation. Le reste — la majorité du réseau — reste difficile à inspecter avec les technologies actuelles.
Pour SUEZ, l’enjeu est stratégique : en France, les pertes d’eau liées aux fuites restent massives. Sur la seule région Auvergne-Rhône-Alpes, le groupe exploite près de 17 000 kilomètres de réseau.
VITAECO : de l’innovation “dans son coin” à l’ouverture industrielle
Avec VITAECO, le registre est différent : moins de rupture technologique lourde, mais un produit déjà fonctionnel et une logique de déploiement rapide.
La société développe « Perles d’eau », un hydro-rétenteur végétal qui agit comme une éponge dans les sols. Il peut absorber entre 50 et 150 fois son poids en eau, réduire de 60 à 80 % l’arrosage et retarder le dessèchement des plantes d’environ dix jours.
À cela s’ajoute un effet agronomique revendiqué : une augmentation significative du développement racinaire et des rendements.
Sa spécificité : contrairement aux hydro-rétenteurs chimiques, interdits en Europe pour leur toxicité, la solution est d’origine végétale.
Mais au-delà du produit, David Merlin et Eddy Coniglio insistent sur le changement de posture :
L’entreprise a profité du programme pour structurer de nouvelles offres — paillage, stabilisation de sols, couverture bioclimatique — et élargir ses marchés, du BTP à l’agriculture.
L’accompagnement a également porté sur des enjeux très concrets : financement, R&D et partenariats, selon le communiqué.
Pour cette PME, l’effet le plus immédiat reste l’accès à des réseaux :
- industriels,
- collectivités,
- acteurs agricoles.
Une accélération commerciale plus que technologique.

Ce que SUEZ vient réellement tester
Pour SUEZ, l’intérêt du programme est explicite : accéder à des innovations sans les développer en interne, tout en évaluant leur potentiel d’intégration.
Le groupe met à disposition ses experts, ses données et ses infrastructures pour tester la faisabilité technique et économique des solutions.
En retour, il observe la maturité des technologies et leur compatibilité avec ses métiers — eau, déchets, énergie.
Une équation encore ouverte
Reste une question que tous reconnaissent implicitement : combien de ces projets franchiront réellement le cap de l’industrialisation.
Entre prototype fonctionnel et déploiement à grande échelle, les obstacles restent nombreux —
- validation technique,
- modèles économiques,
- cycles de décision industriels.
Le concours devrait être reconduit selon les organisateurs. Mais l’enjeu se situe désormais dans cette phase critique où les projets quittent l’expérimentation pour entrer — ou non — dans la réalité industrielle, ce moment charnière où beaucoup d’innovations climatiques se jouent.




















