Un tissu usé, un morceau de tapis ou un textile destiné au rebut deviennent, entre les mains d’ANEPOU, une matière à reconstruire. Invité de l’émission « Les métiers de la création », présentée par Florence Duprat et produite par MediaVoice Consulting (Patricia Allouche) – JobTalk TV, l’artiste a raconté son parcours, son travail du fil et sa vision du réemploi. Une pratique nourrie par les cultures rencontrées dans son enfance et une réflexion sur la fragilité de la vie.

D’Anubis à ANEPOU, de la mort à la transmutation
ANEPOU est le second nom d’Anubis, figure de l’Égypte ancienne associée au passage de la mort vers l’éternité. Son enfance en Égypte et en Syrie a nourri ce rapport à l’histoire et aux cultures du Moyen-Orient.
Son processus suit la même logique : détruire le tissu pour le faire renaître. Mais il préfère parler de « transmutation », rapprochant ce passage de la pierre philosophale. Il ne s’agit pas de valeur matérielle, mais de faire émerger une valeur artistique et spirituelle.
Scientifique de formation, ingénieur chimiste, il a travaillé toute sa carrière dans l’industrie pharmaceutique et la recherche de médicaments. Ses dernières années, consacrées notamment aux réorganisations de sites, ont été difficiles. L’art lui sert alors de thérapie, tandis que son identité artistique lui permet de se distinguer du professionnel qu’il décrit comme « très dur et très strict ».
Chemin de vie, du fil fragile à la force du collectif
Pour Chemin de vie, ANEPOU récupère des échantillons de tissus promis au rebut par une grande maison parisienne. Le fil devient une métaphore de la fragilité : seul, il est faible ; assemblé, il devient solide.
Les morceaux de tissu figurent les obstacles, les fils les chemins qui les contournent. Les fils et les coutures restent visibles pour montrer cette tension entre fragilité et force.
L’œuvre était une partie d’une grande tapisserie. Il en a arrêté le développement pour en conserver une partie. Comme d’autres pièces, elle peut être reprise, découpée et transformée : pour lui, « une œuvre n’est jamais terminée ».
Des couleurs nourries par l’Afrique et le Moyen-Orient
Ses voyages en Afrique et au Moyen-Orient jusqu’à l’âge de 17 ans ont façonné sa palette. Rouges et ocres africains, terres arides, bleu des mosquées iraniennes : ces couleurs se retrouvent dans ses compositions, avec des fragments de kilim ou des textiles indiens.
La fragilité de la vie traverse également son travail. Son enfance a été marquée par les guerres et les famines rencontrées notamment au Mali. Les œuvres accompagnent différentes périodes, heureuses ou douloureuses, et font alterner couleurs vives et teintes plus sourdes.
Le réemploi comme économie circulaire et solidaire
Le réemploi est volontaire. ANEPOU veut donner plusieurs vies aux textiles plutôt que les voir finir comme déchets.
Il utilise également des fils et des bandes fabriqués à partir d’anciens saris ou sarongs en Inde ou en Extrême-Orient.
Une démarche qui relève, selon lui, à la fois de l’économie circulaire et de l’économie solidaire.
Un « artiste artisan » pour faire entrer l’art dans le quotidien
Artisan par son travail de la matière, artiste par son processus de création, ANEPOU se définit comme un « artiste artisan ».
Il veut aussi faire entrer l’art textile dans le quotidien, en transformant ses créations en objets utiles et en les destinant au grand public, plutôt qu’à « une certaine élite, les élites des galeries ».
Il refuse en revanche de travailler sur commande. Un cahier des charges, estime-t-il, bloque le processus créatif.
Des collectionneurs privés aux expositions grand public
Ses œuvres sont aujourd’hui principalement achetées par des collectionneurs privés, qui le découvrent sur Instagram ou lors d’expositions.
Il souhaite désormais multiplier les expositions destinées au grand public, avec les collectivités locales et les musées.
L’année 2026 a été consacrée à sa visibilité. Une étape nécessaire, selon lui, pour pouvoir ensuite élargir son audience.
Des sculptures monumentales toujours avec des fils
ANEPOU envisage maintenant de passer au format monumental. Il veut réaliser de grandes sculptures toujours construites avec des fils, auxquels pourraient s’ajouter cuivre, aluminium ou plaques métalliques.
La résine reste une piste à développer.La finalité est claire : « Je veux toucher le public. Je ne veux pas toucher les galeries. »
L’espoir comme message, la transmission comme horizon
L’espoir et l’optimisme restent au cœur de son message. Même dans les périodes difficiles, il veut rappeler qu’une issue reste possible.
La transmission constitue son autre horizon. « Ce que je veux, c’est transmettre. » Être copié ne le dérange pas : « Quel honneur d’être copié. »Dans dix ans, il imagine ANEPOU devenu une marque connue du public à travers des objets usuels.
Et si cette marque devient célèbre, il envisage de créer une fondation pour aider de jeunes artistes à « sortir un peu de l’ombre ».
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