Au deuxième étage du musée des Beaux-Arts de Lyon, les objets prennent soudain une autre allure. Un tapis devient un chemin à composer, des matières vouées au rebut se transforment en supports de création, tandis que des collections privées racontent des histoires que l’on ne trouve dans aucun catalogue.
Présenté en avant-première lundi 21 septembre, Musée-à-brac ouvre au public mercredi 23 septembre. Pensé comme le prolongement ludique de Musée sentimental, cet espace invite petits et grands à manipuler, construire, détourner et imaginer ensemble.

Quand l’objet intime entre au musée
Derrière son titre malicieux, Musée-à-brac interroge la manière dont se construit la notion de patrimoine. Lors du lancement, Sylvie Ramond, directrice générale du Pôle des musées d’art MBA | macLYON et directrice du musée des Beaux-Arts de Lyon, a posé une question simple : qui décide de ce qui mérite d’être conservé et transmis ?
Le dispositif met en regard des objets du quotidien, parfois modestes ou insolites, avec les œuvres des collections.
Le musée met ainsi en regard deux façons de donner de la valeur aux objets : celle qui s’est construite à travers l’histoire de l’art et le travail des institutions, et celle qui relève de l’attachement personnel. Une réflexion qui prolonge celle engagée avec La Cabane, ouverte en 2025.

Dix-huit collections privées racontent des histoires singulières
Cette idée prend une forme très concrète avec une vitrine réunissant les objets confiés par 18 collectionneurs privés, après un appel à participation lancé quelques mois avant l’ouverture.
Certains collectionneurs sont encore enfants. Lors du lancement, l’équipe du musée rappelait que l’on peut commencer à collectionner à 7 ou 11 ans. Chaque ensemble est accompagné du récit de son propriétaire.
Ces objets n’ont pas été retenus pour leur valeur marchande ou leur statut patrimonial, mais parce qu’ils comptent pour ceux qui les ont conservés. La vitrine compose ainsi une série de portraits indirects, à travers des passions, des habitudes et des souvenirs.

Des ateliers associatifs derrière la scénographie
Pour fabriquer l’espace, la designeuse circulaire Juliette Laroche Millart a travaillé avec le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, la Recyclerie Sportive et d’autres partenaires, avec lesquels elle collabore depuis trois ans autour du réemploi.
Ici, les matériaux récupérés sont devenus des éléments du parcours. L’atelier couture du Foyer a réalisé les tapis, l’atelier bois une partie du mobilier et l’entrepôt de tri a participé à la collecte et au tri des objets.

Pour Juliette Laroche Millart, cette démarche permet aussi de rendre visibles les savoir-faire de l’économie sociale et solidaire. Elle rappelle surtout qu’avant d’arriver dans un musée, les objets et les matières ont été collectés, triés, transformés et travaillés.
Une centaine de personnes ont participé au projet, selon la designeuse. Les équipes du Musée national d’Art moderne – Centre Pompidou ont également apporté leurs conseils pour la réalisation de l’espace.

Le Foyer fait entrer l’insertion dans le musée
Pour le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, Musée-à-brac crée un passage entre l’accompagnement social et le monde culturel. Des personnes accompagnées par l’association ont participé à la fabrication d’un lieu destiné au public.
La directrice du Foyer a également défendu l’idée d’un changement de regard : sur les objets, d’abord, que le tri permet de considérer comme des matières pouvant connaître un autre usage ; sur les parcours des personnes, ensuite.
Cette comparaison relève du discours de l’association. Dans le projet, elle se traduit d’abord par des réalisations concrètes : collecte, tri, couture, menuiserie et transmission de savoir-faire.
Le projet revendique aussi un ancrage local, avec des matériaux donnés ou traités à Lyon et dans l’agglomération.

Chercher, construire, tamponner, tisser
Une fois dans l’espace, le visiteur n’est plus seulement invité à regarder. Un cherche-et-trouve géant, un totem à assembler, des tapis-chemins, un tissage collectif et des objets à tamponner composent un parcours sans itinéraire imposé.On peut également dessiner, lire ou afficher ses créations.
L’enfant peut essayer, recommencer, construire ; l’adulte accompagner ou participer. Les dispositifs sont appelés à évoluer avec leurs usages.
C’est ici que Musée-à-brac se distingue le plus nettement d’une exposition classique : les objets ne sont pas seulement montrés, ils deviennent des supports d’action.

Une autre façon de faire vivre le musée
En écho à Musée sentimental, Musée-à-brac transpose la réflexion sur les objets et les souvenirs dans un espace destiné à l’expérimentation. Il ne remplace pas la visite des collections, mais propose un autre temps, particulièrement pensé pour les familles.
Le projet met ainsi en regard les objets conservés par une institution et ceux auxquels des particuliers attachent une valeur personnelle, tout en donnant à voir les personnes et les savoir-faire qui ont contribué à fabriquer le lieu.
Derrière le jeu, Musée-à-brac pose finalement une question simple : quelle place un musée peut-il accorder aux objets que chacun choisit de garder, aux récits qui les accompagnent et aux personnes qui contribuent à les faire vivre ?Musée-à-brac est présenté au deuxième étage du musée des Beaux-Arts de Lyon du 23 septembre 2026 au 14 mars 2027. L’espace est gratuit pour les enfants.






















