
Chez O’Capot, sur les hauteurs de Caluire-et-Cuire, le Club Cordélia a réuni 140 professionnels autour de sa pétanque annuelle et d’un cocktail dînatoire.
Derrière la décontraction de la soirée de rentrée, organisée mardi 15 septembre, se joue une question plus large pour une place financière régionale : comment maintenir des liens entre les métiers et les générations dans un univers professionnel où le travail hybride a modifié les façons de travailler ?
Le constat est documenté. Dans une étude publiée en mars 2025, l’Apec indique que deux tiers des cadres du secteur privé télétravaillent désormais régulièrement, au moins un jour par semaine.
Surtout, 70 % des entreprises de plus de 250 salariés considèrent que ne pas proposer de télétravail constitue un frein au recrutement, contre 43 % en septembre 2021, soit une progression de 27 points en moins de quatre ans. Le télétravail est donc devenu un élément de la relation entre entreprises et cadres.
Il pose aussi une question plus diffuse : comment préserver les occasions de contact et le sentiment d’appartenance lorsque les salariés passent moins de temps ensemble ?
Cordélia en fournit, à l’échelle lyonnaise, une illustration concrète.

Créer du lien entre les métiers qui font la place financière
Créé en 2002, le Club Cordélia rassemble des professionnels en début ou en milieu de carrière issus
- des banques,
- sociétés de gestion,
- cabinets de conseil et d’avocats,
- experts-comptables,
- investisseurs,
- assureurs
- ou entreprises.
La tranche des 30-45 ans constitue son principal repère, sans être une condition d’accès stricte.
La formulation est simple, mais elle décrit un mécanisme utile à une place financière : faire se côtoyer des professionnels appartenant à des entreprises et à des métiers différents, qui peuvent intervenir sur les mêmes opérations ou partager des problématiques proches.
Le club organise des ateliers thématiques, des conférences, des visites et des actions de soutien à différentes associations.

La diversité des participants est recherchée plutôt que la constitution d’un groupe homogène. « Selon les formats, on n’a pas toujours les mêmes personnes », observent les deux interlocutrices.
Les rendez-vous changent donc de forme et d’horaire afin de ne pas réserver le club à un cercle professionnel déjà constitué. Cette logique prend une résonance particulière dans un marché de l’emploi cadre moins dynamique qu’au sortir de la crise sanitaire.
En 2024, les entreprises françaises ont recruté 303 400 cadres, soit 8 % de moins qu’en 2023, selon l’Apec. Dans le même temps, les fonctions finance, comptabilité et gestion représentaient 12 % des offres d’emploi cadre publiées en France en 2024.

Le réseau comme complément au lieu de travail
Depuis leur arrivée au bureau, il y a un an, Clara Zimbris et Julie Thomas constatent une évolution de la fréquentation et des profils présents. L’enjeu consiste désormais à élargir le cercle sans transformer Cordélia en rendez-vous obligatoire pour ses membres.
La soirée du 15 septembre répondait précisément à cette volonté.
Exceptionnellement ouverte à des professionnels qui ne travaillent pas dans des entreprises adhérentes de Lyon Place Financière, elle devait permettre de faire connaître le club au-delà de son périmètre habituel. Une petite centaine de participants était attendue ; 140 personnes ont finalement répondu présentes.

Le choix du format n’est pas anodin. Après une visite nocturne des toits de Fourvière suivie d’un cocktail, Cordélia a cette fois opté pour une soirée plus informelle autour de la pétanque.
La rencontre crée ainsi les conditions d’échanges qui ne passent ni par une réunion de travail ni par une relation hiérarchique.
Pour autant, rien ne permet de mesurer à ce stade un effet direct sur les recrutements, les départs ou la fidélisation des salariés. Le rôle de club est plus difficile à quantifier : il s’agit de créer et d’entretenir des relations professionnelles susceptibles de se prolonger dans le temps.
C’est aussi la limite à garder en tête. Une forte participation à une soirée ne constitue pas, à elle seule, une preuve d’efficacité en matière d’attractivité ou de fidélisation. La véritable mesure se situera dans la capacité à transformer ces rendez-vous ponctuels en participation régulière et en liens durables.

Une porte d’entrée dans l’écosystème financier lyonnais
Fondée il y a près de 40 ans, Lyon Place Financière réunit des acteurs de la finance, du droit, du chiffre, du conseil, de l’enseignement supérieur et du monde économique en Auvergne-Rhône-Alpes.
L’association organise des événements et anime des commissions de travail autour des enjeux de financement et de développement des entreprises régionales.
C’est dans cet écosystème que s’inscrit le Club Cordélia, réservé aux jeunes managers des entreprises adhérentes.
L’accès passe d’abord par l’entreprise, qui doit être membre de Lyon Place Financière pour que ses collaborateurs bénéficient de ses événements ; s’investir dans Cordélia relève ensuite d’une démarche volontaire, propre à ceux qui souhaitent aller plus loin dans ce réseau de pairs.

Une formule modeste, mais qui dit assez bien ce qui se joue derrière une soirée de pétanque : la capacité d’une place financière régionale à faire circuler, entre ses métiers et ses générations, un peu de ce lien que le travail hybride a rendu plus rare.




























