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Équité et inclusion au travail : le congé menstruel, un facteur de changement à la Métropole de Lyon

Les femmes de la métropole de Lyon ont droit à un congé menstruel payé depuis octobre 2023. Mais comment fonctionne-t-il ? Enquête

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Zémorda Khelifi, vice-présidente de la Métropole de Lyon, en charge du congé menstruel
Zémorda Khelifi, vice-présidente de la Métropole de Lyon, en charge du congé menstruel

Congé menstruel : retour expérience de la Métropole de Lyon

Le congé menstruel est, selon les spécialistes, un progrès social. La Métropole de Lyon est la première métropole de France à instaurer ce dispositif. Pour le moment, 44 femmes sur plus de 4 600 bénéficient de ce nouveau type de congé payé, soit deux jours d’absence par mois.
Ce chiffre est proche de celui du Japon, premier pays à avoir instauré ce dispositif en 1947 où, selon Sud Ouest ,0,9 % des employées éligibles ont déclaré avoir pris des congés menstruels.
Ce faible pourcentage pourrait s’expliquer par une certaine réticence chez les femmes. Est-ce une peur du viol du secret médical, ou une atteinte à leur intimité ? (oh ! je dois informer mon employeur de ce qui se passe dans mon corps ?). Y a-t-il des risques potentiels de discrimination ? Et quel est l’impact économique ?
Nous sommes allés sur le terrain pour interroger certaines femmes, ainsi que la vice-présidente de la Métropole de Lyon déléguée aux Ressources Humaines, Zémorda Khelifi, qui pilote cette avancée sociale ?

Comment fonctionne le dispositif du congé menstruel ?

Tout d’abord, les personnes qui sont victimes de règles douloureuses, qui ont une pathologie diagnostiquée de façon médicale doivent présenter un certificat médical à leur service RH de proximité. Ce certificat médical va déclencher le droit et si ces femmes ou hommes ont cette pathologie, il leur suffit de le déclarer sur Tempro, qui est notre logiciel de gestion du temps de travail en interne. Cela déclenche soit la mise en place d’un ou de deux jours de congé menstruel, soit la mise en place d’un ou deux jours de télétravail. 
Pour l’arrêt naturel de grossesse, ce congé est déclenché dans les trois mois suivant l’arrêt naturel de grossesse, soit une fois en deux fois un jour, pas forcément consécutifs ; soit un jour et un autre jour plus tard, car les conséquences psychologiques de l’arrêt naturel de grossesse ne se présentent pas forcément tout de suite.

Peut-on craindre une violation du secret médical avec le congé menstruel ?

Non, je ne pense pas, parce que la réussite de ce dispositif est justement de garantir le secret médical autour de cette pathologie, autour de ces règles douloureuses.
L’agente va déposer son certificat médical au service RH de proximité et ce droit va être déclenché pour 12 mois. Cela veut dire que pendant 12 mois, la personne qui est victime de cette pathologie va aller sur le logiciel Tempro aussitôt qu’elle aura ses règles douloureuses.
Elle n’est pas du tout en contact, elle va simplement signaler l’absence à son manager, mais le manager ne sait pas pour quelle raison l’agente s’absente de son poste de travail pendant un ou deux jours. Il ne sait pas pourquoi l’agente est en télétravail pendant un ou deux jours.
L’agent ou l’agente ne va pas dire à son manager « j’ai mes règles », il va simplement dire « je suis absent ou absente », ce qui garantit le secret médical. Ce n’est qu’au moment où l’agent/l’agente va déposer son certificat médical que l’on va valider cette autorisation spéciale d’absence. Mais en aucun cas il ne s’agit d’aller dire à son manager : « j’ai mes règles, je ne suis pas bien à cause de règles douloureuses ».

Quel est l’objectif de la mise en place du congé menstruel ?

Alors, en effet c’est un sujet de bien-être au travail depuis notre élection et depuis que nous sommes à la tête de cette collectivité. Effectivement, nous sommes arrivés en plein COVID, avec des sujets de santé mentale et physique. Le bien-être au travail est un sujet dont nous nous préoccupons avec un plan de lutte contre le stress au travail, avec la mise en place d’un plan pour de meilleures conditions de travail de nos agents et cela s’intègre dans ce plan.
Il s’agit aussi de lutter contre les stéréotypes, contre le tabou des règles aujourd’hui. On n’ose pas parler de ces règles, qui sont pourtant un phénomène normal et naturel. À l’école, ces règles sont plutôt moquées, même plus tard dans la vie courante, elles sont plutôt moquées. Or, c’est quand même le BA-BA de la vie. C’est l’origine de la vie. Donc, ces règles doivent être déstigmatisées en quelque sorte.

Y a-t-il des risques potentiels de discrimination liés à la mise en place du congé menstruel ?

Non, absolument pas. Cela peut peut-être freiner certains agents/certaines agentes a déposé cette autorisation spéciale d’absence, mais c’est dommage de ne pas le faire. C’est un droit que nous avons mis en place justement pour lutter contre les discriminations femmes et hommes.
C’est un droit pour les femmes, de mieux concilier vie privée/vie professionnelle. Ce serait dommage de ne pas pouvoir en bénéficier. Nous nous sommes dit exactement la même chose lorsqu’il y a eu la mise en place de congés maternité plus longs. Nous avons pensé qu’il y allait y avoir des discriminations envers les femmes. Et pour autant aujourd’hui, on souhaite encore allonger davantage le congé maternité. On s’est dit la même chose lorsqu’il y a eu la mise en place du congé paternité, lorsqu’on l’a prolongé. À chaque fois qu’un droit a été mis en place, on a d’abord pensé aux discriminations, alors que c’est l’inverse, l’objectif est justement de faire l’inverse, de lutter contre les discriminations entre les femmes et les hommes. 
Lorsque les hommes prennent un congé paternité, ils vont pouvoir assumer des charges que les femmes assument lorsqu’elles sont seules pendant ce congé. Le fait qu’une femme prenne un congé maternité plus long, cela va lui permettre de mieux concilier vie privée/vie professionnelle. On voit toujours un angle négatif lors de la mise en place d’un droit, d’un congé. Or, c’est exactement l’inverse qu’il faut voir.

Quel est le bilan du dispositif congé menstruel ?

44 femmes bénéficient de ce dispositif, mais à deux mois, il est difficile pour l’instant de faire un vrai bilan. Nous avons prévu évidemment ce bilan. Nous l’avons prévu plutôt début 2024, de façon à avoir le recul suffisant pour nous permettre de faire ce bilan. Mais effectivement aujourd’hui, avec 44 femmes, à deux mois de la mise en place du dispositif, nous n’avons pas le recul nécessaire.

D’où vient l’idée du congé menstruel ?

Le congé menstruel, c’est d’abord un sujet politique, d’égalité femme/homme. Il nous est venu en début de mandat, lorsque nous avons posé notre plan de lutte contre les discriminations, en tout cas le plan égalité femmes-hommes, qui voulait répondre à certains enjeux, comme la place de la femme dans la société en général, mais aussi la place de la femme dans la culture, dans les politiques que nous menons à la métropole de Lyon, la place publique, en interne, sur nos politiques de ressources humaines. Avec des sujets comme le congé menstruel, la semaine de 4 jours, les rémunérations, qui nous sont venus naturellement.
Effectivement actuellement les congés menstruels, c’est un sujet qui est déjà posé au niveau de notre programme national, le programme des écologistes évoque la semaine de 4 jours, les congés menstruels, l’arrêt naturel de grossesse. Donc, tout naturellement, il nous est venu l’idée et l’envie et de le mettre en place au sein de notre collectivité, que nous dirigeons depuis 2020 suite aux élections métropolitaines.
Les congés menstruels est un projet de société, un projet des écologistes qui est défendu au niveau national. Il y a eu récemment une proposition de loi d’ailleurs qui a été déposée par plusieurs députés écologistes, Marie-Charlotte Garin et Sandrine Rousseau. Mais cette proposition de loi n’a malheureusement pas abouti, elle s’est arrêtée au niveau du Sénat. C’est pour cela que naturellement, dans les collectivités que nous dirigeons, nous avons souhaité la mettre en place.
Ce n’est pas forcément un sujet qui nous a été demandé explicitement par nos agentes ou nos agents, mais c’est un sujet global de société qui rentre dans une politique d’égalité femme-homme et de meilleure conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle. Il y a un temps où les femmes ont des difficultés pour travailler, et ce temps rentre dans une meilleure conciliation vie privée/vie professionnelle dont on doit tenir compte.

Combien de femmes demandent l’application du dispositif de congé menstruel ?

C’est un dispositif qui est très récent, puisque nous l’avons mis en place depuis le 1er octobre dernier, donc cela fait 2 mois qu’il est en place au sein de notre collectivité. Si on regarde le chiffre, peu de femmes l’ont demandé : 44 femmes ont demandé jusqu’à deux jours d’arrêt de travail depuis le début du dispositif. C’est peu au regard du nombre de femmes au sein de notre collectivité. Notre collectivité a au sein de ses agents à peu près une moitié d’hommes et une moitié de femmes, 4 600 femmes environ. 
Effectivement, 44 femmes au regard du nombre de femmes qui travaillent au sein de notre collectivité, c’est très peu. Ceci dit, on peut lier ce chiffre au fait que, certes peu de femmes ont effectué la demande, mais c’est un dispositif nouveau. Il demande le dépôt d’un certificat médical auprès de son service de ressources humaines de proximité. Il faut donc aller voir un médecin, poser la pathologie de règles douloureuses, car il s’agit bien d’une pathologie qui permet de bénéficier de ce congé menstruel. 
Donc il y a peu de femmes aujourd’hui, mais on espère que toutes les femmes qui subissent des règles douloureuses ou une pathologie liée à ces règles douloureuses, des troubles polykystiques et autres, feront la demande de congé menstruel, puisqu’elles y ont droit aujourd’hui au sein de notre collectivité.

Avez-vous envisagé la possibilité d’un congé pour les hommes ?

Il s’agit du congé paternité, qui permet aussi une meilleure conciliation vie privée/professionnelle et qui prend aussi un angle d’une meilleure égalité femmes-hommes. C’est le fait pour un homme d’avoir un congé d’un mois, durée actuelle en France, pour pouvoir s’occuper également de son enfant au même titre que la mère et de faire partie à part entière comme la mère de la vie de son enfant, des premiers jours de son enfant.

Avez-vous envisagé la possibilité d’adopter une semaine de 4 jours à la Métropole de Lyon ?

Elle est déjà effective depuis le 1er septembre par le biais d’une expérimentation que nous avons commencée. Cette expérimentation va durer un an et va nous permettre de poser ce dispositif qui a également un enjeu de meilleure conciliation vie privée/professionnelle, des enjeux de bien-être au travail, comme je l’évoquais tout à l’heure. La semaine de 4 jours permet d’avoir un jour de repos pour s’occuper de soi, exercer une autre activité que son activité professionnelle, c’est avoir un loisir, faire du sport. C’est un enjeu également qui va nous permettre de lutter contre les aspects négatifs du COVID, et notamment pour les enjeux de santé mentale.

Quel est le retour d’expérience de la semaine de de 4 jours à la Métropole de Lyon ?

Nous faisons effectivement un bilan de cette semaine de 4 jours. Nous avons prévu des bilans d’étape. Donc un bilan à 3 mois, nous y sommes plus ou moins. Aujourd’hui, nous avons 300 agents qui expérimentent la semaine de 4 jours, 150 collectifs d’agents.
Nous commençons un peu à en faire le bilan de cette semaine de 4 jours, avec les bénéfices apportés aux agents, les bénéfices ou contraintes pour les collectifs de travail. Nous commençons à y voir un peu plus clair. En ce qui concerne la conciliation avec le télétravail également.
Mais le bilan définitif sera établi au mois de mars-avril, pour nous permettre de poser cette semaine de 4 jours soit comme une organisation du temps de travail pérenne, une organisation en plus des autres organisations du temps de travail ; soit d’arriver à la suppression de cette organisation du temps de travail parce qu’elle ne correspond pas au fonctionnement de notre collectivité.

Quelles sont les difficultés associées au congé menstruel ?

Nous ne sommes qu’à deux mois de la mise en place du dispositif, nous avons prévu un bilan plutôt début 2024. Mais, les premières difficultés sont peut-être que les agents/les agentes ne vont pas forcément poser des jours alors que c’est un dispositif dont ils/elles bénéficient. Les freins peuvent être le collectif de travail, pour lequel on a peur qu’une charge de travail soit reportée. 
Donc effectivement, il y a peut-être des difficultés, des freins qui vont se dessiner lorsque nous ferons ce bilan plutôt dans 2-3 mois, mais voilà les difficultés qui peuvent éventuellement ressortir de ce bilan.

Le mot de la fin !

Au niveau humain, pour moi depuis toute petite, j’ai toujours lutté contre les discriminations faites aux femmes. Je les ai beaucoup subies et je me suis fait un point d’honneur à ce que, dans mes valeurs et dans mon quotidien, la place de la femme soit égale à celle de l’homme. Je me suis fait un point d’honneur à cela depuis toute petite, car j’ai subi ces discriminations de façon importante. 
En tout cas, je suis fière de mettre en place ces politiques qui sont en faveur des femmes, en faveur d’une meilleure égalité entre les femmes et les hommes. C’est une fierté et je continuerai à porter ces politiques avec volontarisme et détermination.

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